« La bonne volonté » ou « bénévola » : entre éthique, service et ancrage communautaire

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« La bonne volonté » ou « bénévola » : entre éthique, service et ancrage communautaire

Imam chroniqueur  Babacar Diop

  1. Définition et posture

La « bénévola » (du latin bene volens : « bien‑vouloir ») évoque une attitude de gratuité, de don de soi, un engagement non marchand envers autrui. Elle dépasse l’action occasionnelle pour devenir un mode de relation. On peut la définir comme : « un choix libre et volontaire de consacrer un temps et un effort à autrui sans attendre de rétribution matérielle directe ». (cf. littérature sur le bénévolat)
Par exemple, selon une étude sur le volontariat :

«Le bénévolat est une forme de comportement prosocial qui consiste en la décision libre de consacrer un temps et un effort soutenu pour aider une autre personne, un groupe ou une cause.» (O. Brudney & J. Cordes, Volunteerism: A Practical Type of Education for Enabling Development of Societal Abilities, 2018, p. 14) (researchgate.net)
Dans le contexte sénégalais et africain, cette posture s’inscrit dans la culture communautaire de l’entraide, de la teranga, de la solidarité informelle.

  1. Fondements spirituels, religieux et savants

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a) Références coraniques et prophétiques

Dans l’islam, le don gratuit et le service de l’autre sont valorisés. Par exemple :

« Et ils préfèrent autrui même s’ils sont dans le besoin ». (Sourate 59, verset 9)
Le Prophète Muhammad ﷺ a dit : « Le meilleur des hommes est celui qui est le plus utile aux gens. » (rapporté par al‑Hakim)
Cette posture montre que la « bénévola » n’est pas seulement un geste social, mais un chemin spirituel.

b) Apports des érudits classiques

Ibn Taymiyya (661‑728 H) affirme : « Le serviteur ne foule pas la terre en vain ; tout pas fait dans le bien pèsera sur la balance le Jour du Jugement. » (Majmūʿ al‑Fatāwā, vol. 20, p. 312)

Ibn al‑Qayyim (691‑751 H) écrit dans Zād al‑Maʿād : « Le plus haut rang dans l’au‑delà appartient à celui qui a servi les autres pour l’amour d’Allah, sans espoir d’un retour terrestre. » (vol. 2, p. 201)
Ces deux savants soulignent l’importance de l’intention (niyya) et du service gratuit.

c) Apports contemporains sur l’engagement bénévole

Les travaux contemporains en sciences sociales montrent que le bénévolat produit non seulement des effets sur les bénéficiaires, mais transforme aussi celui qui donne, et renforce le lien communautaire. Par exemple, d’après le rapport CIVICUS sur l’Afrique :

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« Le rapport sur l’indice de la société civile montre un fort niveau de bénévolat pour aider un voisin ou une communauté, suggérant une source importante de capital social et un potentiel pour encourager l’engagement citoyen. » (Volunteerism in Africa, 2011, p. 4) (civicus.org)
Ainsi, la « bénévola » peut être vue comme un levier de cohésion, d’émancipation et de citoyenneté.

  1. Expression africaine et sénégalaise de la « bénévola »

a) Culture de l’entraide et du volontariat au Sénégal

Le rapport du United Nations Volunteers (UNV) sur le Sénégal indique :

« Le Sénégal emploie plus de 50 000 personnes dans le cadre du bénévolat pour le développement durable … Le bénévolat est un vecteur d’inclusion sociale. » (Senegal Knowledge Portal on Volunteerism, 2025) (knowledge.unv.org)
Et poursuit : « Le Sénégal a adopté la loi-cadre n° 14‑2021 sur le bénévolat… » (ibid.)
Cela montre que le pays institutionnalise désormais la dimension bénévole, tout en restant fortement ancré dans l’informel.

Une expérience de volontaire à Saint‑Louis témoigne :

«Toutes les personnes que j’ai rencontrées étaient les plus accueillantes et les plus chaleureuses que j’aie jamais vues. Il est vrai que la Teranga sénégalaise (hospitalité) est centrale dans la culture de ce beau pays.» (Joshua, 21 ans, volontaire, mai 2025) (thelanguagegap.org.uk)
Cet accueil communautaire renforce le potentiel d’engagement désintéressé.

b) Figures religieuses et marabouts comme repères de la bienveillance

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Dans le contexte sénégalais, les marabouts et les confréries jouent un rôle clé dans la vie sociale, spirituelle et solidaire. Le livre Le maraboutage au Sénégal d’Ibrahima Sow (2020) analyse l’imaginaire et la place des marabouts :

« … la réussite, la chance, la santé ainsi que le bonheur dépendraient … de la baraka du père (barke baay), de la bénédiction de la mère (gërëmu ndèy), des prières du marabout (nianu seriñ) … » (Sow, 2020, p. 45) (librairienumeriqueafricaine.com)
Même si l’ouvrage ne traite pas directement du bénévolat, il montre l’enracinement social et spirituel de figures de service à la communauté.

  1. Cas concrets d’initiatives de « bénévola »

Au Sénégal, selon le rapport UNV, en 2021 un plan de recrutement de 1 000 volontaires du Service Civique national et 500 animateurs socio‑éducatifs a été lancé dans le cadre du programme d’insertion des jeunes « XËYU NDAW ÑI ». (knowledge.unv.org)

En Afrique de l’Ouest, le papier « Informal work, informal mobilisation? » de A.M. Diallo (2023) examine comment le « volontariat intermédiaire » se joue entre activité salariée et bénévolat ; il s’inscrit dans le débat contemporain sur la durabilité de l’engagement gratuit. (tandfonline.com)

  1. Enjeux, défis et recommandations

Enjeux

Faire en sorte que la « bénévola » reste authentique et non instrumentalisée (politique, image, business).

La rendre durable au‑delà de l’acte ponctuel.

Reconnaître et valoriser les acteurs invisibles (écoute, accompagnement, soutien moral).

Adapter la « bénévola » aux réalités locales : pauvreté, temps contraint, infrastructures limitées.

Recommandations pour incarner la « bénévola »

Choisir une cause proche de son cœur et de ses compétences.

Donner « petit mais régulier » plutôt que « grand mais ponctuel ».

Cultiver la gratuité : ne pas attendre une récompense terrestre.

Mettre l’intention au‑dessus de l’action : comme le dit Ibn al‑Qayyim : « … celui qui a servi les autres pour l’amour d’Allah … » (Zād al‑Maʿād, vol. 2, p. 201)

Favoriser le lien plutôt que la simple prestation : la présence, l’écoute, la relation sont aussi des acte de  » benevola »

. S’inscrire dans une dynamique communautaire et non individuelle: l’impact se multiplie avec la participation collective.

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  1. Conclusion

La « bénévola » n’est pas seulement une action ponctuelle, mais une posture de vie : servir avec sincérité, sans calcul, dans la conscience que l’autre est dignité. Conjuguant spiritualité, bienveillance et engagement social, elle trouve chez nous, au Sénégal, un terrain fertile dans la culture d’entraide et de communauté. Puisse‑t‑elle inspirer un renouveau de citoyenneté et de fraternité durable.

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