La chimie des émotions : entre cerveau, cœur et conscience
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Nous pleurons, nous rions, nous tremblons de peur ou nous nous enflammons d’amour. Mais derrière ces sensations parfois fulgurantes se cache un langage chimique complexe, orchestré par des molécules invisibles qui connectent le corps, l’âme et l’esprit.
Dans le Coran, Allah nous dit :
« C’est Lui qui vous a formés, et qui a mis en vous l’ouïe, la vue et les cœurs. »
(Sourate As-Sajda, 32:9)
Un verset qui relie justement perception, affect et conscience.
Une alchimie intérieure
Les neurosciences modernes ont démontré que nos émotions sont liées à des substances chimiques comme la dopamine (plaisir), la sérotonine (humeur), l’adrénaline (stress), l’ocytocine (attachement), et le cortisol (angoisse).
Ces hormones et neurotransmetteurs, produits par le cerveau limbique, agissent aussi bien sur nos pensées que sur notre corps.
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« L’homme est une chimie d’émotions, et celui qui les comprend, gouverne sa paix. »
— Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur, 1999, p. 92
Le cœur : plus qu’une pompe
Longtemps considéré comme un simple muscle, le cœur est aujourd’hui reconnu comme un organe intelligent, émettant son propre champ électromagnétique, capable d’influencer le cerveau.
Des chercheurs de l’institut HeartMath (USA) ont montré que le cœur joue un rôle clé dans la régulation émotionnelle et la prise de décision morale.
Cela rejoint la parole du Prophète ﷺ :
« Il y a dans le corps un morceau de chair qui, s’il est sain, tout le corps est sain ; et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. C’est le cœur. »
(Hadith authentique, rapporté par Al-Bukhari et Muslim)
Ibn al-Qayyim et la médecine des émotions
Dans Zad al-Ma‘ad, Ibn al-Qayyim (†1350) écrivait :
« Le cœur ressent la tristesse, la peur, la joie avant que le corps ne les exprime. Soigner le cœur par le dhikr, c’est soigner le corps par la lumière. »
(vol. 4, p. 287)
Il considérait que les émotions influencent la santé : un excès de tristesse affaiblit le foie, la peur trouble l’esprit, la colère échauffe le sang.
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Ibn al-Jawzi, dans Talbis Iblis, dénonçait les émotions excessives comme des pièges du diable :
« Le rire sans discernement, la colère sans cause, la peur sans raison… sont autant de chaînes invisibles. »
(p. 190, éd. Dar Ibn al-Jawzi)
Une sagesse ancrée en Afrique
Dans les traditions soufies sénégalaises, le lien entre émotions et équilibre spirituel est très fort. Cheikh Ibrahima Niasse affirmait :
« Si ton cœur ne connaît pas la paix, ni ton savoir ni ton prière ne seront complets. »
(Kashif al-Ilbas, ms. Médina Baye)
Cheikh Ahmadou Bamba, dans son Massalik al-Jinan, écrit :
« L’égo est un feu, l’émotion une braise ; seul le dhikr peut en faire une lumière. »
(vers 1247)
Aujourd’hui, des psychologues africains comme Fatoumata Diallo (Université de Dakar) insistent sur la nécessité d’intégrer les dimensions culturelles, spirituelles et neurobiologiques dans la gestion des émotions :
« Une émotion mal interprétée peut devenir maladie. Une émotion canalisée peut devenir guérison. »
(Psychologie et Culture en Afrique de l’Ouest, L’Harmattan, 2020, p. 148)
Une pédagogie des émotions
L’école sénégalaise parle trop peu d’intelligence émotionnelle, alors qu’elle est essentielle au bien-être, à l’apprentissage, à la foi.
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Apprendre à reconnaître ses émotions, à les exprimer sans violence, à les canaliser, est une science que l’on retrouve aussi dans le Coran :
« Et les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, et qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : paix. »
(Sourate Al-Furqan, 25:63)
Ibn Taymiyya disait :
« Le croyant est celui qui domine son cœur et non celui qui est dominé par lui. »
(Majmu‘ al-Fatawa, vol. 10, p. 602)
Conclusion
La chimie des émotions est une science du subtil, qui relie les hormones au dhikr, les nerfs au sabr, la dopamine à la gratitude. Mieux la connaître, c’est mieux se connaître soi-même, et c’est ouvrir la voie vers la paix intérieure, l’équilibre spirituel, et la lucidité morale.
Car comme le dit le Coran :
« En vérité, c’est par le rappel de Dieu que les cœurs trouvent la tranquillité. »
(Sourate Ar-Ra’d, 13:28)
Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













