La Peau Noire, le Cœur Blanc — Nouveau roman de Tossoukpe Frédéric Herman
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Il existe des voyages qui ne commencent pas le jour du départ, mais bien avant — dans le silence des rêves brisés, dans la fatigue de vivre sans horizon, dans cette sensation intime que le monde autour de soi se rétrécit.
Pour César, tout a commencé bien avant l’aéroport.
Avant la valise.
Avant les adieux.
Le jour où l’Afrique a cessé d’être le lieu de ses possibilités pour devenir celui de ses limites.
Comme tant d’autres jeunes, il avait grandi avec une image façonnée par les récits, les films, les réseaux : l’Europe, ce continent lointain où tout semble possible, où même la pluie donne l’illusion que les routes brillent, où la vie ressemble à une promesse.
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Il n’était pas naïf. Il savait que ce ne serait pas simple.
Mais il croyait au moins que ce serait juste.
Il se trompait.
Le premier choc fut celui du regard.
Un regard froid, distant, qui vous déshabille sans vous connaître.
Un regard qui ne voit pas César, mais une couleur, un cliché, une menace.
Très vite, il comprit qu’en Europe, il ne serait pas un homme :
il serait d’abord un homme noir.
Chaque frontière a laissé en lui une trace.
Chaque porte fermée a creusé un doute.
Chaque humiliation a gravé une cicatrice.
Mais aucune n’a réussi à lui voler ce qu’il avait de plus précieux : son âme.
César a découvert la solitude, la faim, la peur.
Il a enchaîné les petits boulots qui brisent le dos, les logements qui brisent le moral.
Il a subi les mots qui frappent plus fort que les coups.
Il a vu les mensonges derrière les sourires, la ségrégation derrière les discours, la violence cachée dans l’indifférence.
Alors, pour ne pas sombrer, il a écrit.
Dans les nuits glacées, dans les chambres trop petites, dans les cafés où l’on lui faisait sentir qu’il n’avait pas sa place.
Ses textes sont devenus sa thérapie, son arme, son souffle.
Le rap lui a rendu ce que la vie lui prenait : une voix.
Et un jour, cette voix a été entendue.
Sous les projecteurs.
Face au public.
Face à ceux qui ne voulaient pas l’écouter.
Face à ceux qui auraient préféré le faire taire.
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C’est ici que commence vraiment son histoire :
non pas dans son départ d’Afrique,
mais dans sa renaissance en Europe.
Dans ce combat silencieux pour rester humain dans un monde qui, souvent, ne l’est plus.
Dans cette bataille quotidienne pour protéger ce cœur blanc que la haine n’a jamais réussi à noircir.
Voici l’histoire de César.
Une histoire de douleur, de dignité et d’espérance.
Une histoire trop vraie pour n’être qu’un roman.
Une histoire écrite pour ceux qui partent,
pour ceux qui restent,
et pour ceux qui se battent encore pour exister.













