Le baiser passionné : une construction culturelle plus qu’un instinct naturel
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Dans l’imaginaire occidental, le baiser langoureux est souvent perçu comme une expression universelle de l’amour romantique. Pourtant, cette pratique est loin d’être partagée par toutes les cultures humaines. Derrière ce geste intime, que beaucoup associent à l’érotisme et à l’amour, se cache une construction culturelle, plus que naturelle.
Une pratique loin d’être universelle
Une étude menée en 2015 par les anthropologues William Jankowiak, Justin Garcia et Shelly Volsche, publiée dans la revue American Anthropologist, a révélé que le baiser romantique n’était présent que dans 46 % des 168 cultures étudiées à travers le monde. Les chercheurs ont souligné que cette pratique est largement influencée par des normes culturelles spécifiques, et non par des instincts biologiques universels.
Des exemples historiques appuient cette conclusion. Au XIXe siècle, l’explorateur britannique William Winwood Reade rapportait qu’une princesse africaine avait été effrayée par sa tentative de l’embrasser, croyant qu’il voulait la dévorer. De même, au début du XXe siècle, l’anthropologue Paul d’Enjoy notait le rejet des baisers profonds chez les Chinois, pour qui ces échanges de salive étaient perçus comme peu hygiéniques, voire répugnants.
Les implications microbiologiques du baiser
Au-delà des considérations culturelles, le baiser passionné a des implications biologiques notables. Une étude publiée en 2014 dans la revue Microbiome par Remco Kort et ses collègues a révélé qu’un baiser de 10 secondes pouvait transférer jusqu’à 80 millions de bactéries entre les partenaires. Les chercheurs ont également constaté que les couples qui s’embrassent fréquemment partagent des microbiotes salivaires similaires, ce qui pourrait avoir des implications pour la santé bucco-dentaire et le système immunitaire.
Remco Kort, chercheur principal de l’étude, a déclaré :
« Le baiser intime impliquant un contact complet de la langue et un échange de salive semble être un comportement de cour unique aux humains et est courant dans plus de 90 % des cultures connues. »
Il a ajouté que le baiser pourrait jouer un rôle dans la transmission de bactéries bénéfiques, contribuant ainsi à la diversité du microbiote oral et à la santé générale.
Une évolution des perceptions en Occident
Même en Occident, la perception du baiser passionné a évolué au fil du temps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le « French kiss » a suscité des malentendus entre soldats américains et jeunes filles britanniques. Pour les Américains, il s’agissait d’un simple prélude, tandis que pour les Britanniques, il signifiait un engagement sentimental sérieux. Ces différences culturelles ont parfois conduit à des situations diplomatiques délicates.
Conclusion
Le baiser passionné, souvent considéré comme une expression universelle de l’amour, est en réalité une pratique culturelle spécifique, façonnée par des normes sociales, des perceptions hygiéniques et des implications biologiques. Sa présence ou son absence dans diverses cultures souligne la diversité des expressions humaines de l’affection et du désir.
Imam chroniqueur Babacar Diop













