Le Tribunal du Net : quand le buzz numérique juge avant la justice

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Le Tribunal du Net : quand le buzz numérique juge avant la justice

Par imam chroniqueur Babacar Diop

Introduction : la chute médiatique en temps réel

Au Sénégal, tomber n’est jamais un événement strictement personnel. La déchéance d’une figure publique devient immédiatement un spectacle collectif, où curiosité, fascination et cruauté se conjuguent. L’arrestation de Pape Cheikh Diallo, animateur vedette du groupe GFM et visage familier de Quartier Général, illustre cette dynamique : avant même que la justice ne s’exprime, l’opinion publique et les réseaux sociaux ont déjà rendu leur verdict.

Flashs d’appareil photo, vidéos virales, commentaires effrénés sur Facebook ou WhatsApp : tout concourt à transformer un dossier judiciaire en feuilleton national. Hier encore, l’animateur animait le débat ; aujourd’hui, il en devient la victime.

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Les réseaux sociaux : arènes du jugement collectif

La montée en puissance des réseaux sociaux au Sénégal est fulgurante. En 2025, 5,01 millions de Sénégalais étaient actifs sur ces plateformes, soit près de 27 % de la population. Facebook reste dominant, suivi par Instagram et WhatsApp, tandis qu’Internet touche près de 60 % de la population. (Datareportal, 2025)

Ces plateformes ne sont plus de simples outils : elles deviennent tribunaux, arènes et spectateurs à la fois. L’information y circule instantanément, rumeurs et anecdotes se multiplient, et chacun se croit témoin, procureur et analyste. Selon Afrobarometer, 88 % des Sénégalais connaissent au moins un réseau social, et une majorité estime qu’ils informent bien sur l’actualité. Mais la même étude souligne l’exposition accrue aux fausses informations et contenus émotionnels, qui favorisent le lynchage médiatique. (Afrobarometer, 2022)

Le buzz au service du sensationnalisme

L’affaire Pape Cheikh Diallo révèle les dérives de ce nouveau tribunal numérique : avant tout jugement légal, des détails médicaux et personnels sont exposés au public, transformés en armes émotionnelles. La Brigade de recherches de Keur Massar évoque un réseau présumé : douze personnes interpellées, dont sept annoncées séropositives. Ces informations, relayées sur les réseaux, alimentent un spectacle sensationnel, parfois au détriment de la présomption d’innocence.

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Comme le note un rapport sénégalais sur les médias sociaux, « la recherche de sensation et de people favorise un écosystème hostile à l’éthique journalistique classique, privilégiant l’émotion au raisonnement ». (Le Quotidien, 2024)

Une société fascinée par la chute de ses idoles

La dynamique du buzz révèle une pathologie collective : fascination pour l’intime des personnalités publiques, impatience face à la justice, addiction au spectacle de la chute. Dans ce théâtre numérique, le sensationnalisme, la curiosité malsaine et les règlements de comptes prennent le pas sur les droits fondamentaux et la morale.

Comme le philosophe Friedrich Nietzsche le soulignait : la « volonté de puissance » ne sert pas ici à créer, mais à détruire pour affirmer sa place dans le collectif. Chaque like, partage ou commentaire devient un acte de jugement, transformant les individus en proies médiatiques.

Conclusion : repenser l’espace public numérique

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Aujourd’hui, au Sénégal, le vrai Quartier Général n’est plus un studio de télévision : c’est l’opinion publique digitale. Elle juge, condamne et oublie souvent avant que la justice ne fasse son travail. L’enjeu est de réconcilier la force démocratique des réseaux sociaux avec l’éthique, le droit et la dignité humaine.

Sans cadre clair, la société risque de substituer à la justice un tribunal de l’immédiateté, où la chute d’un individu devient spectacle consommable et viral, au détriment de l’empathie et de la réflexion.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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