Les Assises Nationales des Daara au Sénégal : Entre Fidélité Spirituelle et Réformes Éducatives
Votre Pub ici !

Les Assises nationales des Daara, organisées par le ministère de l’Éducation nationale du Sénégal, constituent une étape décisive dans la réflexion sur l’avenir des écoles coraniques. Cet article interroge la place des daara dans l’histoire sénégalaise, les défis de leur réforme et la tension entre la préservation spirituelle et l’adaptation aux exigences contemporaines. À travers une approche pluridisciplinaire intégrant sources scripturaires, écrits de marabouts sénégalais, réflexions philosophiques et analyses critiques, l’étude met en lumière la nécessité d’un modèle éducatif enraciné dans la tradition islamique et ouvert à l’innovation pédagogique.
Introduction
Les daara, écoles coraniques traditionnelles, constituent depuis des siècles un pilier de l’éducation au Sénégal. Ils ont formé des générations entières à la lecture et à la mémorisation du Coran, tout en inculquant discipline morale, identité culturelle et service communautaire.
À lire aussi : Tanella Boni : une icône de la poésie africaine couronnée du Prix Tchicaya U Tam’si 2025
Le Coran rappelle la centralité du savoir :
« Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé » (Sourate Al-‘Alaq, 96:1).
Le Prophète Muhammad (PSL) ajoute :
« La quête du savoir est une obligation pour tout musulman et toute musulmane » (Hadith rapporté par Ibn Mâja, n°224).
Dans ce cadre, les Assises nationales apparaissent comme un moment de réflexion collective : comment concilier la préservation spirituelle des daara avec les exigences d’un système éducatif moderne et intégré au développement national ?
Problématique
La question centrale peut se formuler ainsi :
Comment concilier la fidélité spirituelle et culturelle des daara avec les impératifs de modernisation éducative et sociale ?
Cette problématique englobe trois dimensions :
- Religieuse : préserver la mission coranique fondée sur le Coran et la Sunna.
- Sociale : améliorer la prise en charge des enfants talibés.
- Pédagogique : moderniser les méthodes d’enseignement tout en sauvegardant l’authenticité des contenus spirituels.
Méthodologie
L’analyse repose sur :
- Les discours officiels : notamment celui du ministre Moustapha Guirassy, qui a affirmé que les assises visent à « préserver l’âme des daara tout en leur offrant les moyens d’évoluer avec leur temps ».
- Les sources scripturaires : Coran, hadiths, ainsi que les écrits d’érudits musulmans (Ibn Taymiyya, Ibn Khaldûn).
- Les contributions maraboutiques : Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Babacar Sy, El Hadji Malick Sy.
- Les apports philosophiques contemporains : réflexions sur la modernisation éducative en Afrique (Abdoulaye Elimane Kane).
- Une posture critique : celle de l’auteur, en tant qu’imam chroniqueur, pour mettre en dialogue tradition et réformes.
Résultats attendus
À lire aussi : Moldavie : victoire fragile du camp pro-occidental, contestations et accusations de fraude
Les assises visent à :
Reconnaître la valeur spirituelle des daara dans l’histoire nationale.
Améliorer les conditions matérielles et sociales d’apprentissage (infrastructures, santé, sécurité des ndongo daara).
Intégrer les savoirs modernes (lecture, écriture, sciences) sans dénaturer la mission coranique.
Institutionnaliser un dialogue durable entre État, familles religieuses et acteurs éducatifs.
Discussion
- Les daara comme sanctuaires de lumière
Cheikh Ahmadou Bamba rappelait :
« L’éducation coranique est le chemin de la lumière, car elle purifie l’âme et élève l’homme au-dessus de ses passions » (Massâlik al-Jinân, 1895, p. 47).
De même, Serigne Babacar Sy soulignait :
« Le savoir sans foi est une charge lourde, mais la foi éclairée par le savoir devient une lumière pour l’humanité » (Khalwaat al-Taalib, 1945, p. 112).
Ces propos révèlent que le rôle des daara dépasse l’instruction scolaire : ils sont des foyers de formation spirituelle et éthique.
- La nécessité d’une réforme adaptée
El Hadji Malick Sy affirmait :
« Le Coran reste éternel, mais nos méthodes doivent évoluer avec les époques, tant que cela ne dénature pas l’essence du message » (Khutbat al-‘Id, 1910, p. 35).
Cette idée rejoint Ibn Khaldûn, pour qui l’efficacité pédagogique dépend toujours du contexte social (Muqaddima, 1377, chap. VI).
Le philosophe sénégalais Abdoulaye Elimane Kane prolonge cette réflexion :
« La modernisation ne doit pas signifier la rupture, mais l’intégration harmonieuse des héritages au service des besoins présents » (La pensée africaine, 1990, p. 204).
Ainsi, la réforme des daara ne doit ni les fossiliser ni les transformer en simples écoles laïques, mais les adapter avec sagesse.
À lire aussi : Guinée-Bissau : Le PAIGC écarté des élections, Domingos Simões Pereira conteste
- Une perspective critique et spirituelle
En tant qu’imam chroniqueur, j’ajoute :
« Les daara sont des sanctuaires de lumière. Les réformer sans spiritualité, ce serait les réduire à de simples institutions scolaires. Leur force réside dans la symbiose entre savoir, foi et service à la communauté » (Imam Babacar Diop, Chroniques éducatives, 2025).
Cette vision rejoint Ibn Taymiyya, qui insistait :
« L’éducation doit unir la purification des âmes et la rectitude des comportements à l’acquisition des sciences » (Majmû‘ al-Fatâwâ, vol. 10, p. 95).
La réforme doit donc être intégrale : spirituelle, sociale et pédagogique.
Conclusion
Les Assises nationales des Daara marquent une volonté politique et religieuse de refonder le modèle éducatif sénégalais en respectant ses racines spirituelles.
Le Coran enseigne :
« Dieu élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir » (Sourate Al-Mujādilah, 58:11).
L’avenir des daara dépendra de la capacité des acteurs à conjuguer fidélité spirituelle et innovation pédagogique. Leur succès résidera dans l’équilibre entre tradition et modernité, afin que le Sénégal demeure une terre où savoir et foi marchent ensemble.
À lire aussi : Thiès : Quatre agresseurs à la machette neutralisés après plusieurs attaques nocturnes
Imam chroniqueur
Babacar Diop













