Les Dames du Sine : Gardiennes du “Ndamarass” et de la Dignité Familiale

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Les Dames du Sine : Gardiennes du “Ndamarass” et de la Dignité Familiale

Sur la route nationale reliant Mbour à Fatick, les voyageurs ne peuvent manquer ces femmes alignées le long des ralentisseurs, paniers en main, proposant leurs sachets de fruits d’anacarde, appelés localement « ndamarass ». À Tattaguine, Niongolor, Diouroup ou Ndiouwar, ces vendeuses du Sine sont devenues de véritables figures de résilience économique.

Des reines de la route

Sous le soleil matinal, elles s’installent dès l’aube sur le bitume pour attirer le regard des automobilistes ralentissant à la vue des dos-d’âne. Ce sont les « reines du ndamarass », rusées et solidaires, qui perpétuent une tradition féminine où travail rime avec dignité.
Leur secret ? La proximité avec des champs d’anacardiers qui parsèment le terroir sérère. Ce commerce, simple en apparence, représente bien plus qu’un gagne-pain : il est une main tendue vers la survie quotidienne et la scolarité des enfants.

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Entre feu, soleil et patience

À Ndoffène Keur Madické Diaw, non loin de Keur Martin, Ndébou — quadragénaire énergique — raconte le processus minutieux de préparation :

« Nous brûlons d’abord les noix, puis nous les séchons plusieurs heures au soleil avant de les décortiquer. Ce n’est qu’après que nous les mettons en sachets », confie-t-elle, fière de sa rigueur.

Pour ces femmes, souvent mères et cheffes de ménage, chaque vente compte. Ndébou, mère de cinq enfants dont une seule encore en vie, ajoute avec philosophie :

« Si l’homme apporte le riz, nous nous battons pour que la marmite boue. »

Un commerce de courage

Sur ce tronçon très fréquenté par les camions maliens, la concurrence est rude mais pacifique. Les sachets se vendent à 500, 1000 ou 5000 FCFA, selon la bourse du voyageur. En période faste — Tabaski, Korité, Noël ou 15 août —, les recettes peuvent atteindre 10 000 à 15 000 FCFA par jour, affirme Mame Diarra Diouf de Diouroup, active dans le commerce depuis vingt ans.
Mais elle prévient :

« Il faut rester prudente. Les voitures roulent vite, et parfois, la vente devient risquée. »

Un travail sans capital, mais avec fierté

Nombre de ces vendeuses ne possèdent ni champs ni stocks. Certaines achètent les noix à crédit, remboursées le jour du louma (marché hebdomadaire). L’absence d’aide financière ou de fonds de roulement rend leur activité fragile. Pourtant, la détermination reste inébranlable.

« Nous avons trouvé nos mères dans ce commerce, et nous n’avons pas l’intention de l’abandonner », confie l’une d’elles.

Le souffle féminin du Sine

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Ces femmes, jeunes ou âgées, incarnent le courage silencieux du Sine. Leur commerce de bord de route, entre danger et débrouillardise, fait battre le cœur économique de toute une région. Dans le vacarme des moteurs, elles défendent chaque jour le droit de vivre dignement de leurs mains, entre soleil, poussière et espérance.

Signé : Imam chroniqueur Babacar Diop

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