Les mercenaires de la plume
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La plume est un dépôt sacré. Elle fut citée dans le Coran comme témoin de la destinée humaine :
« Nûn. Par la plume et ce qu’ils écrivent » (Sourate 68, al-Qalam, v. 1).
Ainsi, Dieu nous rappelle que l’écriture n’est pas un simple outil, mais une responsabilité devant Lui.
Pourtant, certains ont transformé la plume en marchandise. Ces scribes des temps modernes, que l’on pourrait appeler les mercenaires de la plume, vendent leur encre au plus offrant. Ils trahissent la vérité pour un privilège, fabriquent des illusions pour un salaire, et sacrifient l’honneur de l’écrit sur l’autel du pouvoir ou de l’argent.
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Le Prophète ﷺ a mis en garde : « Celui qui trompe n’est pas des nôtres » (rapporté par Muslim, Sahih Muslim, n°101). Tromper par l’écrit, manipuler l’opinion, c’est donc un acte de corruption morale. Ibn Taymiyya écrivait à ce sujet : « La plus grande injustice est de travestir la vérité par la parole ou par l’écrit » (Al-Fatawa al-Kubra, vol. 5, p. 251).
Dans nos sociétés, ces mercenaires se retrouvent partout : dans certaines colonnes de journaux, sur les plateaux de télévision, jusque dans les publications sponsorisées des réseaux sociaux. Leur mission est simple : désarmer l’opinion par le verbe, là où les armes échouent. Ibn al-Jawzi avertissait déjà : « Le mensonge écrit perdure plus que le mensonge oral, car il traverse le temps et l’espace » (Talbis Iblis, p. 121).
Les philosophes aussi ont dénoncé cette compromission. Socrate voyait dans l’intellectuel celui qui interroge la vérité, non celui qui la vend. Kant rappelait que « la liberté de penser consiste à se servir de sa raison publiquement » (Qu’est-ce que les Lumières ?, p. 17). Et Jean-Paul Sartre affirmait : « L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Refuser de s’engager, c’est encore s’engager » (Situations II, p. 25).
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Mais les mercenaires de la plume ont choisi l’inverse : non pas éveiller les consciences, mais les endormir. Comme l’expliquait Noam Chomsky : « Les intellectuels sont souvent les plus grands artisans de la propagande » (Manufacturing Consent, p. 37). Edward Said ajoutait : « L’intellectuel doit être celui qui dit la vérité au pouvoir, non celui qui s’y soumet » (Representations of the Intellectual, p. 23).
Nos propres sages africains n’étaient pas en reste. Cheikh Anta Diop affirmait : « L’intellectuel africain doit être la sentinelle de son peuple et non son fossoyeur » (Nations nègres et culture, p. 92). Amadou Hampâté Bâ, lui, rappelait que « la parole et l’écrit sont sacrés, car ils engagent la destinée des hommes » (Amkoullel l’enfant peul, p. 311). Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh avertissait : « Le savoir sans morale est une arme de destruction » (conférence à Tivaouane, 1986).
Le Coran condamne fermement ceux qui trahissent leur mission intellectuelle :
« Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité » (Sourate 2, al-Baqara, v. 42).
Et le Prophète ﷺ a dit : « Que celui qui ment sciemment sur moi prépare sa place en Enfer » (rapporté par al-Bukhari, Sahih, n°107). Comment alors justifier ceux qui mentent sciemment sur les hommes et sur les faits, en utilisant la plume comme arme de manipulation ?
Face à ces mercenaires, nous avons besoin de sentinelles de l’encre. Des hommes et des femmes qui écrivent par devoir, non par intérêt. Comme le disait Souleymane Bachir Diagne : « L’intellectuel africain doit se situer au carrefour de la tradition et de la modernité, mais toujours du côté de la vérité » (Léopold Sédar Senghor : l’art africain comme philosophie, p. 58).
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En définitive, la plume est un dépôt qui élève ou qui détruit. « La plume est l’arme la plus redoutable, mais encore faut-il savoir pour qui on la brandit », écrivait Victor Hugo (Choses vues, p. 143). Celui qui l’utilise pour la justice est un bienfaiteur ; celui qui la vend pour le mensonge est un traître.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













