Malia Ann : quand la fille d’Obama refuse d’être juste « la fille d’Obama »
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Elle s’appelait Malia Obama. Elle s’appelle désormais Malia Ann. Trois syllabes douces, discrètes, presque anonymes. Mais derrière ce choix, une onde de choc tranquille : celle d’une jeune femme noire, née dans le palais le plus puissant des États-Unis d’Amérique, qui décide de ne pas faire de ce nom une armure ou un passeport. Une manière de dire : je suis plus que l’héritage qu’on m’assigne.

C’est dans l’univers feutré du cinéma indépendant que ce virage s’est opéré. En septembre 2024, à Deauville, la réalisatrice Malia Ann est récompensée pour son court-métrage The Heart, un film intime, fragile, presque secret. Quelques mois plus tôt déjà, à Sundance, elle avait fait ce choix : signer son œuvre de son deuxième prénom, hérité de sa grand-mère maternelle Ann Dunham.
On aurait tort d’y voir un simple effet de style. Ce que Malia fait, d’autres enfants de célébrités politiques n’ont pas osé faire : couper symboliquement le cordon médiatique. Elle ne rejette pas ses parents ni leur histoire, ni leurs combats mais elle pose une frontière. Elle dit : laissez-moi créer sans me réduire à un pedigree. Un geste à la fois personnel et politique, qui résonne d’autant plus fort dans une Amérique où les noms sont devenus des slogans.
Et il faut du cran pour s’effacer quand on pourrait briller par simple hérédité. Surtout quand on est une femme noire, dans une industrie cinématographique encore largement dominée par d’autres récits, d’autres visages, d’autres priorités.
Ce paradoxe n’échappe pas aux observateurs. Celle qui a grandi sous les caméras opte désormais pour l’ombre choisie plutôt que la lumière imposée. Et cela dit quelque chose de fort à une génération africaine et afro-descendante qui, elle aussi, cherche à se nommer en ses propres termes, loin des cadres, loin des injonctions.
Michelle Obama elle-même l’a salué comme un acte de « conscience personnelle ». Barack, avec tendresse, a raconté cette scène révélatrice : il lui fait remarquer que les gens sauront de toute façon qui elle est. Elle répond : Je veux qu’ils découvrent le film avant de me reconnaître.
Malia Ann n’est pas seule dans ce choix. Des enfants de figures politiques, de part et d’autre de l’Atlantique, cherchent aujourd’hui à se construire sans être réduits à une dynastie. Certains changent de nom. D’autres disparaissent du radar médiatique. Tous semblent animés par une volonté commune : refuser que le nom prime sur le récit personnel.
Dans un monde où l’identité devient marketing, où les réseaux sociaux transforment les individus en marques, revendiquer l’anonymat est devenu un acte de résistance.
Et c’est là que l’Afrique doit tendre l’oreille. Car nous aussi, sur ce continent souvent réduit à ses héros ou à ses tragédies, avons à apprendre de cette démarche. L’héritage est important oui mais il ne doit pas être une prison. Il doit être un socle, pas un plafond.
En devenant Malia Ann, la fille de Barack Obama ne fuit pas la politique : elle la reformule. Elle troque les estrades contre les images, le discours contre le récit. Elle choisit la voix douce mais tenace de la création, au lieu de la parole officielle.
Et ce choix, s’il peut sembler personnel, dit quelque chose d’universel : le vrai pouvoir, désormais, c’est celui de se réécrire.













