Mariage et souffrance : quand la patience devient toxique
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Dans la société sénégalaise, la “bonne épouse” est souvent valorisée pour sa patience, sa capacité à endurer en silence et son dévouement, incarnés par les notions de Dalinkor (celle qui pardonne et endure) et Mougne (résignation). Mais cette vertu, si elle est poussée à l’extrême, peut devenir destructrice et mettre en danger la santé mentale et physique de la femme.
La patience a des limites : un enseignement des savants
Ibn al‑Qayyîm, dans son célèbre ouvrage Zâd al‑Ma’âd, rappelle :
« La santé des cœurs, des corps et des âmes n’a jamais été mieux préservée que par la patience… même si elle n’avait pour vertu que de permettre au fidèle qui s’en pare de bénéficier de la compagnie d’Allah… »
La patience est donc une vertu, mais elle ne doit jamais justifier l’injustice ni la dégradation personnelle.
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Les textes islamiques encouragent également la femme à ne pas accepter aveuglément la souffrance :
« Où s’arrêtent les limites de la patience ? … Il faut dialoguer, rappeler à son mari ses responsabilités, et faire appel à des personnes de bonne moralité pour l’interpeller. » (IslamWeb)
Le Prophète Muhammad ﷺ a insisté sur le respect et le bien-être des épouses :
« Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leurs femmes. »
Même le Coran souligne que la souffrance n’est pas une obligation :
« Quand vous divorcez … ne les retenez pas pour leur faire du tort ; vous transgresserez alors. » (Sourate 2, verset 231)
« Si vous éprouvez de l’aversion envers elles, il se peut que vous ayez de l’aversion … alors qu’Allah y a placé un bien immense. » (Sourate 4, verset 19)
Ces textes rappellent que le mariage doit être un lieu de respect mutuel et non un instrument de souffrance.
La toxicité ne doit pas être normalisée
Rester dans une relation toxique sous prétexte de patience revient à cautionner la souffrance. Des artistes comme Jahman X-Press ont illustré ce danger dans leur chanson Ndeye : « Ndeye a patienté jusqu’à en mourir ». Les femmes doivent apprendre à distinguer la vertu de la résignation toxique.
Selon les savants contemporains et spécialistes :
La patience dans le mariage est essentielle, mais doit être accompagnée de communication, de sagesse et de protection de sa dignité.
Si la situation devient insoutenable, l’Islam autorise le khul‘, un divorce initié par la femme, démontrant que quitter une situation nocive est légal et moralement acceptable.
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Agir pour sa santé et sa dignité
Reconnaître sa valeur : La patience n’implique pas de s’effacer.
Dialoguer avec fermeté : Rappeler les responsabilités conjugales est légitime.
Chercher du soutien : Famille, amis, médiateurs, ou conseils religieux de confiance.
Ne pas hésiter à partir : La séparation est un droit reconnu par la religion lorsque le mariage devient toxique.
Protéger sa santé mentale : Comme le souligne Ibn al-Qayyîm, la patience doit guérir, et non détruire.
En conclusion, la société doit cesser de glorifier la « Ndeye » qui accepte tout et encourager les « Coumba », celles qui font face à la réalité et défendent leur dignité. Fuir un environnement toxique n’est pas un échec, mais un acte de courage et de responsabilité.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













