Menstruations : briser le silence, déconstruire les tabou’.

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Menstruations : briser le silence, déconstruire les tabou'.

Chaque mois, des millions de filles et de femmes à travers le monde vivent une réalité aussi naturelle que silencieuse : les menstruations. Pourtant, ce processus biologique universel reste l’un des plus grands tabous de nos sociétés. Silence, honte, rejet, voire discrimination… les règles continuent d’être perçues comme un sujet honteux, presque sale, dont il ne faut pas parler. Et ce tabou a un coût — humain, social, éducatif et sanitaire.

« On nous dit de cacher nos serviettes, comme si c’était un crime »

Nadia, 17 ans, élève dans un lycée de Kara, raconte :

« La première fois que j’ai eu mes règles, j’ai cru que j’étais malade. Personne ne m’en avait parlé à la maison. À l’école, j’avais peur que mes camarades le découvrent. On nous dit de cacher nos serviettes, comme si c’était un crime. »

Son témoignage illustre un mal profond : l’absence d’éducation menstruelle dans de nombreuses familles et établissements scolaires.

Dans plusieurs communautés, les menstruations sont encore associées à des interdits : interdiction de cuisiner, de toucher certains objets, d’aller au temple ou de dormir dans la maison familiale. Ces croyances, souvent transmises de génération en génération, alimentent un climat de honte et de marginalisation.

Au Togo, comme dans de nombreux pays africains, des études ont montré que de nombreuses adolescentes manquent régulièrement l’école à cause de leurs règles. Manque d’accès à des produits hygiéniques adaptés, infrastructures sanitaires inappropriées, absence de lieux sûrs pour se changer en toute intimité… autant de facteurs qui poussent certaines à abandonner progressivement les bancs de l’école.

Mme Dossou, enseignante dans un collège de Lomé, confie :

« J’ai vu des filles rater les examens parce qu’elles avaient leurs règles et qu’elles n’avaient pas de serviettes. D’autres restent à la maison trois jours par mois. Quand on cumule, cela fait des semaines de cours perdues. »

Le manque d’accès à des protections hygiéniques reste un problème majeur, surtout en milieu rural. Beaucoup de filles utilisent encore du tissu, du papier journal ou même des feuilles.
Rachida, 22 ans, étudiante à Sokodé, témoigne :

« J’ai grandi dans un village où on ne vendait pas de serviettes hygiéniques. On lavait des morceaux de pagne. À l’université, j’ai découvert les serviettes, mais elles sont chères. Quand je n’ai pas d’argent, je retourne aux tissus. »

Ce manque d’accès est non seulement une question de santé, mais aussi de dignité humaine. Des initiatives locales commencent à émerger, comme la fabrication de serviettes réutilisables ou la distribution de kits menstruels, mais les besoins restent immenses.

Rompre le silence autour des règles commence par l’éducation. Éduquer les filles, mais aussi les garçons, les parents, les enseignants.
Dr. Afiwa K. Mensah, gynécologue à Atakpamé, insiste :

« Il faut intégrer l’éducation menstruelle dans les programmes scolaires dès le primaire. Les règles ne sont pas un problème de femmes, c’est une réalité sociale. Si on veut le respect des femmes, il faut comprendre ce qu’elles vivent. »

Certaines associations au Togo, comme Filles Debout ou Santé Espoir Togo, mènent des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les quartiers pour parler librement des règles, distribuer des protections et démonter les fausses croyances. Ces initiatives permettent non seulement de redonner confiance aux filles, mais aussi de responsabiliser les communautés.

Briser les tabous autour des menstruations, c’est lutter contre une forme d’inégalité invisible. C’est redonner la parole aux femmes, leur permettre de vivre leurs règles sans honte, sans peur, sans discrimination.

Parce que comprendre, c’est respecter. Parce qu’informer, c’est protéger. Parce qu’en parler, c’est libérer.

Jean-Marc Ashraf EDRON

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