Ngũgĩ wa Thiong’o s’éteint : un géant des lettres africaines tire sa révérence

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Ngũgĩ wa Thiong’o s’éteint : un géant des lettres africaines tire sa révérence

L’Afrique littéraire est en deuil. Ce jeudi 29 mai 2025, Ngũgĩ wa Thiong’o, immense écrivain kényan et figure emblématique de la décolonisation culturelle, s’est éteint à Nairobi à l’âge de 87 ans. Avec lui disparaît l’un des plus ardents défenseurs des langues africaines et un intellectuel engagé dont l’œuvre a profondément marqué le continent et bien au-delà.

Né en 1938 à Kamiriithu, au cœur du pays kikuyu, Ngũgĩ – de son nom de naissance James Ngugi – a grandi dans l’ombre de la colonisation britannique et des tensions indépendantistes. Témoins des violences de la révolte des Mau Mau, ses premières expériences nourriront une conscience politique forte, qui irrigue toute son œuvre.

Il fait irruption sur la scène littéraire dans les années 1960 avec Weep Not, Child (1964), The River Between (1965) et A Grain of Wheat (1967), des romans qui dépeignent avec force les séquelles du colonialisme et les espoirs déçus de l’indépendance. Mais c’est dans les années 1970 que Ngũgĩ opère une rupture majeure : convaincu que la libération de l’Afrique passe par la reconquête linguistique, il abandonne l’anglais pour écrire dans sa langue maternelle, le gikuyu.

Ce choix courageux et profondément politique lui vaut d’être emprisonné en 1977, après la représentation de sa pièce Ngaahika Ndeenda (« Je me marierai quand je veux »). C’est depuis sa cellule qu’il rédige, sur du papier hygiénique, l’un de ses romans les plus marquants, Caitaani Mutharaba-Ini (« Le Diable sur la Croix »), brûlot contre l’élite africaine corrompue et l’impérialisme économique.

Contraint à l’exil, il s’installe aux États-Unis où il poursuit sa carrière universitaire, notamment à l’Université de Californie à Irvine. Il y continue son combat pour l’émancipation intellectuelle et culturelle de l’Afrique, notamment à travers des essais comme Decolonising the Mind (1986), devenu un texte fondateur de la pensée postcoloniale.

Ngũgĩ wa Thiong’o était bien plus qu’un écrivain. Il était une voix indocile, une conscience éveillée, un passeur de mémoire. Il a démontré avec éclat que la littérature africaine pouvait s’affranchir des langues coloniales pour retrouver sa pleine puissance expressive dans les idiomes du continent.

À travers le monde, les hommages affluent. De Nairobi à Dakar, d’Accra à Johannesburg, on salue la mémoire d’un penseur qui a su allier exigence littéraire et engagement politique, esthétisme et résistance.

Comme l’écrivait l’un de ses anciens étudiants :

« Ngũgĩ n’a pas seulement écrit l’Afrique. Il l’a parlée, rêvée, libérée. »

Aujourd’hui, le monde perd une figure majeure de la pensée critique et l’Afrique, un éclaireur inlassable. Mais son combat pour la dignité culturelle des peuples africains continue à travers ses livres, ses idées et l’écho de sa voix, indélébile dans la mémoire collective.

Repose en paix, Ngũgĩ. Ton verbe ne meurt pas.

Imam chroniqueur Babacar Diop

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