Odia, l’œil qui fait parler l’actualité : Portrait d’un maître de la caricature
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Derrière chaque trait acerbe, chaque sourire esquissé sur les pages des journaux sénégalais, se cache un homme discret, humble et profondément attaché à son art : Omar Diakité, alias Odia. Figure majeure de la caricature au Sénégal, il illumine l’actualité depuis plus de trois décennies grâce à une plume à la fois poétique, mordante et subtile.
Un artiste qui raconte le monde en riant
Un crayon, une feuille blanche, et le monde prend forme. Odia excelle dans l’art difficile d’informer en faisant rire. Pour lui, la caricature n’est pas un simple dessin : c’est un prisme qui révèle les vérités, éclaire les consciences et dédramatise les tensions du quotidien.
« La seule chose dont je ne peux pas me passer, c’est la lecture », confie-t-il volontiers. Et le secret est là : une culture vaste, une curiosité intarissable, un regard affûté.
Il se définit volontiers comme un triple artisan : journaliste par l’information qu’il délivre, artiste par la scène qu’il compose, humoriste par le rire qu’il arrache.
Un destin façonné entre fragilité et persévérance
Son histoire n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Orphelin de père et de mère à seulement 15 ans, Odia trouve refuge et stabilité auprès de son frère aîné, Abal Khassim Diakité, figure protectrice et mentor.
« Je n’ai jamais manqué de rien », dit-il avec gratitude.
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Très tôt, le dessin devient son langage naturel. Murs du Plateau, cahiers d’école, journaux rapportés à la maison : tout est prétexte à tracer, gribouiller, créer. Une passion que son frère, pourtant doué lui-même, voyait d’un mauvais œil. Mais Odia persiste. Et lorsqu’il réussit le concours d’entrée à l’École nationale des Beaux-arts, la voie est tracée.
Un parcours de presse riche, mouvementé et inspirant
Sorti deuxième de sa promotion, il fait ses premiers pas à Walfadjri avant de rejoindre le légendaire Cafard Libéré, bastion de la satire. Il y impose rapidement son style et confirme sa place dans le paysage médiatique.
Puis se succèdent Le Matin, Info7, Le Populaire, Le Quotidien, La Tribune… Autant de rédactions où son talent laisse une empreinte durable.
Son compagnon de route, le journaliste Pape Samba Kane, ne tarit pas d’éloges :
« Odia est un génie. Il est unique, intelligent, généreux, humble. Malgré la férocité de ses caricatures, il ne tombe jamais dans l’invective. »
L’homme derrière le caricaturiste
Rangé, discret, presque casanier, Odia préfère la quiétude de son foyer aux mondanités.
« Je ne sors pas beaucoup. Je préfère rester avec ma famille », confie-t-il.
Pour lui, le dessin est un métier jaloux, exigeant, presque dévorant : dès qu’on le délaisse, l’inspiration se dissipe.
Formateur à l’École des Beaux-arts, il transmet aujourd’hui un savoir façonné par plus de trente ans de pratique. Et ce n’est pas un hasard si son fils vient de réussir le concours d’entrée au Cesti : la fibre artistique semble circuler dans le sang.
L’obsession du journal satirique
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Malgré sa renommée, Odia a longtemps nourri un rêve : celui de faire vivre un véritable journal satirique sénégalais. Safari, Cocorico, Délires… autant de tentatives avortées, souvent pour des raisons économiques.
« Je n’ai jamais compris ces échecs », glisse-t-il, résigné mais sans amertume.
Car derrière les revers se cache l’essentiel : une passion intacte, une volonté inébranlable et une œuvre qui traverse les générations.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













