« On nous a volé l’avenir » : une génération sacrifiée face au naufrage collectif Un cri lucide et implacable dans le récent livre de Frédéric Herman Tossoukpè
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Ils étaient censés être l’avenir. Ils deviennent les oubliés du présent. Dans On nous a volé l’avenir Une génération face au silence, l’ecrivain Frédéric Herman Tossoukpè signe un ouvrage coup de poing, aussi sobre dans son titre que radical dans son propos. À travers des récits percutants, des analyses aiguisées et une langue qui refuse l’euphémisme, l’auteur dresse le portrait d’une jeunesse abandonnée. Non pas une jeunesse en errance, mais une jeunesse en résistance souvent brisée, parfois en colère, toujours en attente d’une reconnaissance.

Ni manifeste partisan ni lamentation narcissique, le texte de Tossoukpè s’impose comme un acte littéraire engagé. Il ne s’agit pas de faire l’inventaire des manques, mais de nommer l’injustice : celle de jeunes formés pour un avenir qui ne leur a jamais été réellement promis. Des diplômes obtenus au prix de sacrifices familiaux, des rêves forgés dans les marges des promesses républicaines, des projets sabotés par des politiques publiques inconsistantes ou clientélistes. « On leur a appris à croire, puis on a laissé la réalité les trahir », écrit Tossoukpè.
Dans un contexte africain souvent réduit à des chiffres de croissance macroéconomique, l’auteur redonne chair aux statistiques. L’emploi qui n’existe pas. L’émigration tragique. La colère des rues. La fatigue silencieuse. Et derrière, la culpabilisation organisée : celle qui pointe du doigt « l’oisiveté » au lieu de questionner l’indigence structurelle des États, l’inaction des élites, l’imaginaire politique déserté.
L’un des apports les plus marquants de l’ouvrage est de ne pas parler à la place des jeunes, mais de leur tendre un micro littéraire sans filtre. Ce sont leurs mots, leurs silences, leurs colères qui composent la trame du récit. On y croise des vendeurs à la sauvette, des enseignants sous-payés, des diplômés sans poste, des activistes désabusés. Mais aussi des jeunes mères en détresse, des exilés qui regrettent leur traversée, des artistes qui s’accrochent à la beauté comme ultime résistance.
L’écriture est brute, tendue, sans pathos, ce qui rend le propos d’autant plus puissant. Tossoukpè ne cherche ni à embellir, ni à accuser gratuitement. Il expose, il interroge. Le lecteur est sommé de répondre à cette question centrale : et si le problème n’était pas la jeunesse, mais ce que nous avons fait de ses lendemains ?
Par-delà l’indignation, On nous a volé l’avenir est aussi un livre d’amour : amour pour une génération qu’on refuse d’écouter, mais qui continue malgré tout à parler, à créer, à s’indigner. Un livre pour celles et ceux qui, dans un monde traversé par les crises démocratiques, climatiques, sociales savent que le mutisme est devenu insupportable.
Ce n’est pas une œuvre optimiste. Mais c’est une œuvre d’espoir au sens le plus rugueux du terme. Un espoir qui ne se décrète pas, mais qui se construit, lucide, douloureux, à rebours du déni général.
À lire, absolument. Non pour s’émouvoir. Mais pour comprendre. Et peut-être, agir.













