Panthéoniser nos héros : pour une mémoire nationale vivante
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Le 7 février 2026 marque le quarantième anniversaire du rappel à Dieu de Cheikh Anta Diop, figure majeure de l’intelligentsia africaine. Né le 29 décembre 1923 à Thieytou, dans la région de Diourbel où il repose désormais, l’illustre savant demeure l’un des esprits les plus féconds du XXᵉ siècle. Historien, anthropologue, linguiste, archéologue, biologiste et physicien, il a incarné la quête d’une réhabilitation de l’Afrique dans l’histoire universelle. Son œuvre phare, Nations nègres et culture, a profondément bouleversé les sciences humaines en contestant les lectures eurocentriques et en réaffirmant la contribution déterminante de l’Afrique aux grandes civilisations du monde.
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Cheikh Anta Diop a soutenu avec force que l’Égypte pharaonique appartenait au monde négro-africain et que l’Afrique noire fut un foyer d’innovations scientifiques, politiques et culturelles. Sa pensée ne se limitait pas à une relecture du passé : elle proposait un projet pour l’avenir. Il appelait à une renaissance africaine fondée sur la réappropriation de l’histoire, la promotion des langues nationales et la construction d’États fédérés capables d’assurer l’indépendance politique et économique du continent.
Si le pèlerinage annuel à Thieytou permet aujourd’hui de rendre hommage à sa mémoire, l’ampleur de son héritage invite à aller plus loin. La reconnaissance nationale pourrait se traduire par l’institutionnalisation d’espaces mémoriels à la hauteur de son apport et de celui d’autres figures emblématiques du Sénégal et de l’Afrique.
Le Sénégal, en effet, regorge de personnalités qui ont contribué à faire rayonner le pays au-delà de ses frontières. Des figures politiques comme Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall et l’actuel président Bassirou Diomaye Faye ont chacun, à leur manière, marqué l’histoire nationale. Bien avant l’époque contemporaine, les royaumes du Walo, du Cayor, du Djolof, du Fouta, du Sine-Saloum, du Gabou ou encore du Songhaï ont vu émerger des souverains, des lettrés et des chefs militaires dont les actions ont façonné l’identité collective.
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À ces figures politiques et historiques s’ajoutent les hommes et femmes des arts, des lettres, des sciences et du sport qui ont contribué à la renommée du Sénégal et de l’Afrique. Leur mémoire constitue un patrimoine commun qui ne doit pas sombrer dans l’oubli. Au contraire, elle mérite d’être transmise, enseignée et valorisée afin d’offrir aux générations présentes et futures des repères solides dans un contexte où les valeurs semblent parfois vaciller.
La création ou la valorisation de lieux de mémoire dédiés à ces héros nationaux participerait à la consolidation du récit national. À défaut d’un panthéon unique, la mise en valeur des mausolées, monuments et sites historiques permettrait de renforcer le sentiment d’appartenance et d’appropriation de la devise nationale : « Un peuple, un but, une foi ».
De nombreux pays ont compris l’importance de célébrer leurs figures historiques. En France, le Panthéon abrite les grandes figures de la nation. En Chine, des monuments et mausolées honorent les héros nationaux. Aux États-Unis, des sites comme le National Mall, le mont Rushmore ou le mémorial de Martin Luther King Jr. témoignent d’un souci constant de construire et de transmettre un récit national cohérent. Au Burkina Faso, le mémorial dédié à Thomas Sankara participe également à cette dynamique de valorisation de la mémoire collective.
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Dans ce contexte, le Sénégal gagnerait à structurer davantage la reconnaissance de ses grandes figures. Panthéoniser ses héros, ou du moins valoriser leurs lieux de mémoire, ne serait pas seulement un acte symbolique. Ce serait une manière d’inscrire durablement leurs contributions dans la conscience nationale, d’inspirer les générations futures et de renforcer l’unité autour d’un héritage partagé.
Ainsi, honorer Cheikh Anta Diop et les autres figures marquantes de notre histoire revient à affirmer la continuité d’une mémoire nationale vivante, socle indispensable à toute ambition collective.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













