Parc forestier de Hann : un sanctuaire écologique en plein cœur de Dakar
Votre Pub ici !

Dans une ville en perpétuelle effervescence, gangrenée par la pollution, le bruit et l’urbanisation galopante, le parc forestier de Hann s’impose comme un refuge, un espace de respiration indispensable, mais souvent sous-estimé. Ce lieu de 60 hectares, véritable sanctuaire vert, combine forêt, jardin botanique, lac artificiel et zoo, au service du bien-être humain et de l’éducation environnementale.
Un écosystème vital pour Dakar
Classé parmi les rares espaces verts d’importance dans la capitale sénégalaise, le parc forestier de Hann est bien plus qu’un simple lieu de détente. « Ce type d’espace joue un rôle crucial dans la régulation thermique et la purification de l’air urbain », affirme le professeur Abdoulaye Gaye, écologue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Selon lui, « les arbres du parc absorbent chaque année plusieurs tonnes de CO₂ et relâchent de l’oxygène, tout en servant de barrière contre les polluants. »
À lire aussi : Syrie–PKK/YPG : Damas dénonce une impasse malgré l’accord du 10 mars
L’écrivain et penseur camerounais Achille Mbembe, dans Politiques de l’inimitié (2016, p. 95), rappelle que « la ville africaine ne peut pas se construire durablement sans restaurer un rapport sacré avec la nature ». Une leçon que le parc de Hann illustre brillamment, en offrant une parenthèse verte au milieu du chaos urbain.
Un lieu de ressourcement social et familial
Le week-end, les abords du parc se transforment en une ruche d’activités. Familles, couples et groupes d’amis y affluent pour se reconnecter à la nature. Pour Fatoumata Sall, mère de trois enfants, venue spécialement pour faire découvrir le jardin ethnobotanique à sa progéniture, le lieu est « une oasis de sérénité, un espace d’apprentissage et de lien intergénérationnel ».
Le sociologue français Edgar Morin souligne dans La Voie (2011, p. 223) que « renouer avec la nature, c’est renouer avec notre humanité profonde ». Ce type d’expérience sensorielle, en communion avec les plantes et les animaux, contribue selon lui à la régénération psychique dans un monde de plus en plus désincarné.
Le lac : miroir de biodiversité
À quelques pas du jardin botanique, le lac artificiel du parc attire les promeneurs en quête de calme. Ce plan d’eau abrite une diversité d’oiseaux migrateurs, notamment des hérons, des ibis et des canards sauvages. Le silence n’y est interrompu que par les gazouillis d’oiseaux, dans un équilibre parfait entre tranquillité et vie.
À lire aussi : Climat : l’élevage ouest-africain au cœur des négociations à Bonn
« Le parc forestier est un laboratoire vivant de biodiversité. Il offre un écosystème essentiel à la conservation de nombreuses espèces animales et végétales », soutient le Dr. Maimouna Sow, spécialiste en biologie de la conservation. Elle ajoute que « dans une région sahélienne confrontée à la désertification, la préservation de tels sites devrait être une priorité nationale ».
Une école en plein air
Le parc, c’est aussi une école sans murs. À travers ses jardins ethnobotaniques et son zoo, il offre un savoir vivant aux jeunes générations. Comme le rappelle Ibn Qayyim al-Jawziyya, savant musulman du XIVe siècle, « contempler les signes de Dieu dans la création est une forme d’adoration » (Miftah Dar al-Sa’ada, vol. 1, p. 210). Le parc donne ainsi l’occasion de méditer sur la beauté et la complexité du vivant.
Défis de préservation et responsabilité collective
Malgré ses attraits, le parc forestier de Hann fait face à des défis majeurs : manque d’entretien, pollution ponctuelle, insécurité périphérique. Pour le militant écologiste sénégalais Haïdar El Ali, « il faut penser la nature comme un patrimoine à transmettre, pas un décor à consommer ». Une vision qu’il défend depuis des décennies, en promouvant la foresterie urbaine et la conservation communautaire.
Une spiritualité verte
Dans la tradition islamique, la nature est un dépôt sacré confié à l’homme (khalifa). Le Coran rappelle :
« Et il a assigné la terre pour les créatures » (Sourate Ar-Rahman, 55:10).
Et encore : « Ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée » (Sourate Al-A’raf, 7:56).
Ces versets interpellent la conscience individuelle et collective sur le respect du vivant et l’urgence de préserver des sanctuaires comme celui de Hann.
À lire aussi : Georges Ibrahim Abdallah libéré : fin de 40 ans de détention pour le plus vieux prisonnier politique d’Europe
Conclusion
Le parc forestier de Hann n’est pas qu’un lieu de promenade. Il est un concentré de vie, de science, de spiritualité et de responsabilité civique. Il incarne ce que le philosophe africain Souleymane Bachir Diagne appelle « l’humanisme de la relation », dans lequel l’homme se réconcilie avec les autres vivants et avec lui-même (En quête d’Afrique(s), 2018, p. 63).
Préserver ce poumon vert, c’est investir dans la santé publique, la paix intérieure et l’avenir écologique de Dakar.
Par Imam chroniqueur Babacar DIOP
babacar19diop76@gmail.com













