Paris face à Washington : alliance assumée, indépendance revendiquée
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À l’heure où le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche redistribue les cartes de la diplomatie mondiale, la France affine sa doctrine vis-à-vis de son allié américain. Entre coopération stratégique et refus de toute vassalisation, Paris entend tracer une ligne claire : rester un partenaire fiable, sans jamais renoncer à sa souveraineté politique.
Invité de l’émission « Le Retour des empires » sur France 2, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a livré une mise au point sans ambiguïté sur l’orientation que la France compte adopter face aux pressions annoncées de la future administration Trump. Un message destiné autant à Washington qu’aux partenaires européens.
Alliés, mais jamais alignés
Au cœur de l’intervention ministérielle, une formule forte : la France est une alliée des États-Unis, mais refuse toute logique d’alignement automatique. « Lorsque les Américains formulent une proposition qui est inacceptable, nous assumons parfaitement de leur dire non », a affirmé Jean-Noël Barrot, revendiquant une autonomie de décision sur les grands dossiers stratégiques.
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Cette posture, que le ministre résume par la doctrine « alliés, mais pas alignés », vise à préserver la coopération transatlantique tout en réaffirmant la liberté de jugement de Paris, notamment sur les questions commerciales, diplomatiques et sécuritaires.
Les méthodes de Trump dans le viseur
La fermeté française s’explique aussi par les inquiétudes suscitées par le style de Donald Trump. Le ministre a pointé les menaces répétées de hausse des droits de douane, ainsi que des pratiques jugées peu orthodoxes sur le plan diplomatique, comme la publication de conversations privées avec le président Emmanuel Macron.
Pour Jean-Noël Barrot, ces méthodes ne sont pas compatibles avec la nature des relations entre deux pays liés par plus de deux siècles d’histoire commune. Il a toutefois assuré que, dans ce contexte, le chef de l’État français défendait avec constance les intérêts de la France et de l’Europe, aussi bien en coulisses que sur la scène publique.
Une Europe de la défense ou une Europe affaiblie
Sur le terrain sécuritaire, le chef de la diplomatie française a lancé un avertissement sans détour : sans une véritable Europe de la défense, le continent s’expose à une marginalisation stratégique. « Faute de préparation, nous risquons une Europe de la défaite », a-t-il prévenu, évoquant le retour brutal des rapports de force dans les relations internationales.
Ce discours s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance européenne à l’égard de Washington, sans pour autant rompre le lien atlantique.
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Mélenchon plaide pour le non-alignement
Face à cette vision, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a défendu une lecture radicalement différente. Comparant la période actuelle à la fin de la guerre froide, il a plaidé pour un non-alignement strict, estimant que la crise mondiale offrait une opportunité de reconstruction politique pour la France, loin de toute logique d’escalade militaire.
Sur l’Ukraine, l’opposant a appelé à des négociations de paix fondées sur des garanties de sécurité mutuelles entre Kiev et Moscou, dénonçant la « loi du plus fort » et le risque d’engrenage nucléaire. Concernant Gaza, il a jugé la position française tardive, là où Jean-Noël Barrot a réaffirmé l’attachement de Paris au droit international comme socle indispensable à une stabilité durable.
Une diplomatie française à l’épreuve
Entre fidélité aux alliances historiques et affirmation d’une voix indépendante, la France se prépare à naviguer dans une relation transatlantique plus imprévisible que jamais. Le message envoyé est clair : Paris ne rompt pas avec Washington, mais n’entend plus suivre sans discuter. Une ligne de crête diplomatique, appelée à devenir l’un des grands marqueurs de la nouvelle séquence internationale.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













