Patrimoine culinaire en péril : la gastronomie sénégalaise entre standardisation et survie identitaire

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Patrimoine culinaire en péril : la gastronomie sénégalaise entre standardisation et survie identitaire

Bien plus qu’un simple art de la table, la gastronomie sénégalaise s’impose comme un marqueur identitaire majeur. Pourtant, à l’heure où les villes se modernisent et où les habitudes alimentaires évoluent, cette richesse culinaire se heurte à une standardisation galopante, mettant en péril certaines traditions culinaires ancestrales.

Un trésor culinaire souvent réduit au « thiébou dieune »

Du « lakh » des régions wolof au « caldou » du sud en passant par le « bassi salté » ou le « soupe kandja », chaque terroir sénégalais possède ses mets distinctifs. Mais dans l’imaginaire collectif, cette diversité est souvent résumée au seul « thiébou dieune », riz au poisson emblématique de Saint-Louis, au détriment d’un patrimoine bien plus vaste. Des plats comme le « wassa wassa », le « ngomi » ou encore le « foutti » peinent à se maintenir dans la mémoire collective, faute de valorisation et de transmission.

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Villes modernes, goûts standardisés

Dans les grandes agglomérations, la quête de rapidité dans la préparation des repas pousse à l’abandon progressif des techniques traditionnelles. Les produits importés, les bouillons industriels et les recettes « raccourcies » remplacent de plus en plus les ingrédients locaux et les savoir-faire hérités des aînés. Résultat : des plats édulcorés, des goûts uniformisés et une perte progressive de l’authenticité culinaire.

Un équilibre fragile entre tradition et innovation

Si certains chefs et restaurateurs tentent une réinterprétation contemporaine des classiques sénégalais, cette modernisation soulève un dilemme. Comment adapter la cuisine nationale aux goûts du jour sans en trahir l’âme ? « Toute innovation culinaire doit se nourrir de mémoire », écrivait le sociologue français Jean-Pierre Poulain dans Sociologie de l’alimentation (PUF, 2002, p. 87). Cette exigence s’impose avec force au Sénégal, où les jeunes générations se montrent souvent plus enclines à consommer les fast-foods qu’à maîtriser l’art du « yassa » ou du « maafe ».

Une politique culinaire encore balbutiante

Contrairement à des pays comme le Maroc ou le Pérou, qui ont intégré leur patrimoine gastronomique dans leur stratégie culturelle et touristique, le Sénégal reste en retard. L’absence d’institutions spécialisées dans la formation aux cuisines locales, le peu de documentation écrite sur les recettes, et la faiblesse des filières agroalimentaires locales freinent toute dynamique d’exportation ou de labellisation. « La cuisine est un vecteur de soft power. Celui qui la maîtrise influence les goûts et les récits », souligne la politologue sénégalaise Aïssatou Sow dans Patrimoines africains et mondialisation (L’Harmattan, 2021, p. 121).

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Lueur d’espoir : diaspora et réseaux sociaux à la rescousse

Malgré ce tableau préoccupant, certaines initiatives renaissent, souvent portées par la diaspora ou par des chefs engagés sur les réseaux sociaux. Des vidéos pédagogiques, des livres de recettes en wolof ou en peulh, et des ateliers de transmission voient le jour. Le proverbe wolof « Ku la lekk, mooy ku la wóolu » — celui qui partage ta nourriture finit par t’accepter — rappelle combien la gastronomie peut être une arme culturelle douce.

Le décès en janvier 2025 du célèbre chef Diouf, artisan de la promotion internationale de la cuisine sénégalaise, a marqué la perte d’un pilier. Mais son héritage semble inspirer une nouvelle génération de défenseurs du goût authentique.

Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com

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