Photojournalistes au Sénégal : entre invisibilité médiatique et quête de reconnaissance

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Photojournalistes au Sénégal : entre invisibilité médiatique et quête de reconnaissance

Dans le paysage médiatique sénégalais, les photojournalistes demeurent souvent en marge, malgré leur rôle essentiel dans la transmission de l’information. Alors que l’image est omniprésente dans notre société, ces professionnels de la photographie peinent à obtenir la reconnaissance et les conditions de travail qu’ils méritent.

L’importance de l’image dans l’information

La photographie de presse ne se limite pas à illustrer un article ; elle en est une composante fondamentale. Comme le souligne Fred Ritchin, doyen émérite de l’International Center of Photography de New York, dans son ouvrage Bending the Frame :

« La photographie, lorsqu’elle est authentique, a ce pouvoir unique de montrer ce que l’on ne veut pas voir, de forcer à regarder là où le texte s’arrête. »
— Fred Ritchin, Bending the Frame, Aperture, 2013, p. 25.

Cette capacité de la photographie à révéler des réalités souvent ignorées confère au photojournaliste un rôle crucial dans la société.

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Une reconnaissance insuffisante au Sénégal

Malgré cette importance, les photojournalistes sénégalais souffrent d’un manque de reconnaissance. Dans son mémoire de maîtrise intitulé Les reporters photographes professionnels du Sénégal, Amadou Ba met en lumière cette problématique :

« Le manque de reconnaissance du statut de photojournaliste s’explique en partie par leur absence dans les écoles de journalisme, ce qui alimente une hiérarchie tacite dans les rédactions. »
— Amadou Ba, Les reporters photographes professionnels du Sénégal, Mémoire de maîtrise, 2020, p. 45.

Cette hiérarchie se traduit par une précarité professionnelle, des contrats inexistants ou temporaires, et une marginalisation dans les processus éditoriaux.

Les défis de la formation et de l’intégration

La formation des photojournalistes constitue un autre défi majeur. Selon une étude menée par le Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI) en 2024, seuls 20 % des photojournalistes sénégalais sont titulaires du baccalauréat, ce qui limite leur accès aux formations professionnelles et renforce leur marginalisation.

Pourtant, des initiatives émergent pour pallier ce déficit. Le programme Objectif Info, soutenu par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), a lancé en 2023 une série de formations au photojournalisme pour les jeunes professionnels et autodidactes.

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Une nécessité de repenser la place de la photographie

La sous-valorisation de la photographie dans les médias sénégalais reflète une tendance plus large de désengagement visuel. Susan Sontag, dans son ouvrage On Photography, avertit :

« La photographie est devenue une manière de certifier l’expérience, de donner une apparence de participation. »
— Susan Sontag, On Photography, Farrar, Straus and Giroux, 1977, p. 9.

Cette citation souligne la nécessité de considérer la photographie non seulement comme un outil d’illustration, mais comme un moyen d’engagement et de compréhension du monde.

Vers une reconnaissance accrue

Pour améliorer la condition des photojournalistes au Sénégal, plusieurs mesures peuvent être envisagées :

Intégration des photojournalistes dans les rédactions : leur participation aux conférences de rédaction et aux décisions éditoriales renforcerait leur rôle et leur visibilité.

Formation professionnelle : développer des programmes de formation accessibles pour les photojournalistes, en collaboration avec des institutions locales et internationales.

Statut professionnel clair : établir un cadre légal et contractuel pour les photojournalistes, garantissant leurs droits et leur protection sociale.

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Valorisation de la photographie dans les médias : accorder une place centrale à la photographie dans les publications, avec des crédits appropriés et des espaces dédiés.

En reconnaissant pleinement le rôle des photojournalistes, le Sénégal pourrait non seulement améliorer la qualité de son information, mais aussi renforcer la démocratie et la liberté de la presse.

Imam chroniqueur Babacar Diop

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