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PLAIDOYER DE CONSCIENCE

Pour la réforme du Code de la famille et la reconnaissance du féminicide

Quand le silence devient faute morale

Il arrive un moment où se taire n’est plus une prudence,
mais une abdication.
Il arrive un moment où différer n’est plus un choix politique,
mais une violence supplémentaire.
Ce moment est venu.
Elles s’appelaient Souadou Sow, Yamou Ndiaye, Sadel Sow, Kindy Bah, Diène Dia, Marie Louise Ndour, Fatou Gueye, Aissatou Ba, Coumba Dali Diallo, Khady Fall, Mariama Coulibaly, Mariama Ba, Mariama Keita, Khady Gueye, Mariama Sadio Diallo, Bintou Gueye.
Leur point commun n’est ni l’âge, ni la classe sociale, ni l’origine.
Leur point commun est d’avoir été tuées dans un espace que la société protège davantage que leurs vies.
Les nommer, ce n’est pas chercher l’émotion.
C’est refuser l’effacement.
Car l’effacement est la dernière étape de la violence.
« L’oubli organisé est une forme avancée de l’injustice. »
— Paul Ricœur, La mémoire, l’histoire, l’oubli.

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Nommer, c’est déjà résister

Un féminicide n’est pas un accident domestique.
Ce n’est ni une querelle privée, ni un excès de colère, ni un drame intime.
Un féminicide est un crime de domination, inscrit dans une organisation sociale qui hiérarchise les corps, les voix et les vies.
La philosophe Judith Butler l’exprime sans détour :
« Certaines vies ne sont pas considérées comme dignes d’être pleurées. »
— Frames of War.
Quand une société banalise la mort des femmes, elle révèle ce qu’elle considère comme sacrifiable.

La violence n’est pas imprévisible :

elle est tolérée
Les données officielles de l’ANSD ont mis fin au doute.
Les violences faites aux femmes sont massives, répétées, prévisibles, et concentrées dans l’espace conjugal et familial.
« Une violence prévisible devient une responsabilité politique. »
— Didier Fassin, La raison humanitaire.
L’État sait.
Les institutions savent.
Les décideurs savent.
Ce qui manque n’est pas l’information.
Ce qui manque, c’est le courage.

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Quand la loi
protège mal, elle trahit

Le rapport du comité technique du ministère de la Justice (2017) a établi un constat grave :
le droit sénégalais produit lui-même des inégalités structurelles à l’égard des femmes.
Ces inégalités ne sont pas des survivances marginales.
Elles sont légales.
« Le droit injuste est la forme la plus sophistiquée de la violence. »
— Gustav Radbruch, philosophe du droit.
Refuser de réformer le Code de la famille, ce n’est pas préserver l’équilibre social.
C’est institutionnaliser l’inégalité, et exposer les femmes à une vulnérabilité permanente.

Le mythe du consensus

On invoque la paix sociale.
On invoque la cohésion religieuse.
On invoque la peur de la fracture.
Mais l’histoire est sans ambiguïté :
aucun progrès moral majeur n’a jamais été obtenu par le confort du silence.
« Le consensus autour de l’injustice est toujours un consensus des dominants. »
— Nancy Fraser, philosophe politique.
Le statu quo n’est pas neutre.
Il choisit un camp.

La foi éprouvée par la justice

En tant qu’imam, je parle ici sans équivoque :
aucune foi authentique ne peut justifier la violence contre les femmes.
Le Coran ne protège ni la brutalité ni l’arbitraire :
« Dieu ordonne la justice et la bienfaisance. »
(Coran, 16:90)
Le Prophète Muhammad (ﷺ) n’a jamais frappé une femme, jamais humilié une épouse, jamais sanctifié la peur.
« Toute interprétation religieuse qui légitime la violence est une trahison du Texte. »
— Khaled Abou El Fadl, Speaking in God’s Name.
La foi ne se mesure pas à la préservation des privilèges, mais à la protection des vulnérables.

Parole d’imam – Babacar Diop
« On ne protège pas la religion en protégeant l’injustice.
On ne protège pas la famille en sacrifiant les femmes.
Et on ne protège pas la société en appelant au silence. »

Médias, culture et responsabilité morale

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Les mots façonnent le réel.
Les récits construisent la norme.
Dire « drame conjugal », c’est minimiser.
Dire « il a perdu le contrôle », c’est excuser.
Dire « elle n’a pas respecté », c’est déplacer la faute.
« Ce que le langage banalise, le droit peine ensuite à condamner. »
— Pierre Bourdieu, La domination masculine.
La culture populaire n’est jamais neutre.
Elle peut soit reproduire la violence, soit la déconstruire.

Le silence des élites : une responsabilité écrasante

Quand les leaders religieux se taisent, ils enseignent.
Quand les responsables politiques diffèrent, ils décident.
Quand les intellectuels hésitent, ils abandonnent.
« Se taire face à l’injustice, c’est déjà la servir. »
— Desmond Tutu.

Ce que l’Histoire demandera

L’Histoire ne demandera pas si la réforme était complexe.
Elle demandera pourquoi, en sachant, nous n’avons pas agi.
« Le mal prospère moins par la violence que par l’inaction des justes. »
— Hannah Arendt.

Conclusion : une ligne claire

Reconnaître le féminicide comme crime spécifique.
Réformer le Code de la famille.
Protéger juridiquement et concrètement les femmes.
Ce n’est ni radical, ni étranger, ni dangereux.
C’est le minimum moral.

Dernière parole – Babacar Diop
« Une société qui accepte que ses femmes meurent pour préserver des équilibres fictifs a déjà renoncé à sa dignité. Et aucune invocation ne réparera cette faillite morale. »

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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