Présidentielle au Bénin : un duel minimaliste qui révèle le malaise démocratique
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Analyse politique et critique par Tossoukpe Frédéric Herman – DUNIA NEWS
Le Bénin, longtemps considéré comme la vitrine démocratique de l’Afrique de l’Ouest, s’avance vers une présidentielle où le pouvoir n’a désormais qu’un seul adversaire à affronter. Une situation inhabituelle, inquiétante et révélatrice d’un malaise politique plus profond que le discours officiel ne veut bien l’admettre.
Depuis l’annonce que Romuald Wadagni n’aura qu’un seul concurrent, un sentiment étrange traverse l’opinion publique : celui d’une élection qui aura lieu, mais sans véritable compétition. Le pays n’est ni en crise militaire, ni sous transition, ni dépourvu d’institutions. Pourtant, la scène politique s’est rétrécie à un point tel qu’elle donne l’image d’un pluralisme réduit à sa plus simple expression.
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Un pouvoir qui avance sur un terrain dégagé
Le choix de Romuald Wadagni comme figure de continuité du régime Talon n’est pas anodin. C’est un technocrate, un homme méthodique, discipliné, loyal. Il incarne la stabilité, la rigueur économique et la maîtrise institutionnelle.
Mais il incarne aussi une autre dynamique : celle d’une succession verrouillée, organisée avec précision, où l’alternance n’est plus une éventualité réelle mais un scénario théorique.
L’absence de véritables concurrents ne relève pas du hasard. Elle est le produit de règles électorales de plus en plus restrictives, de partis d’opposition affaiblis ou disloqués, d’un espace politique resserré et d’un climat où s’opposer frontalement comporte des risques politiques et judiciaires considérables.
Le pouvoir n’a plus d’adversaire à combattre, seulement un interlocuteur destiné à donner un vernis démocratique à une élection déjà maîtrisée.
Une opposition réduite à une présence symbolique
Le fait qu’un pays ne présente que deux candidats n’est pas, en soi, une anomalie démocratique.
Mais au Bénin, ce minimalisme électoral a valeur de symbole.
Le symbole d’un système politique épuisé.
Le symbole d’un verrouillage institutionnel.
Le symbole d’une résignation citoyenne qui s’installe.
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L’opposition existe encore, mais souvent sans moyens, sans cohésion et parfois sans véritable horizon stratégique. Comment pourrait-elle prospérer lorsque les règles changent plus vite que ses propres capacités de mobilisation ?
Le grand paradoxe : stabilité ou étouffement ?
Le discours officiel met en avant la stabilité, l’ordre institutionnel et les réformes économiques. Tout cela est vrai : le Bénin reste administrativement solide, maîtrisé et relativement stable.
Mais la stabilité n’est pas synonyme de démocratie.
L’ordre n’est pas synonyme de pluralisme.
Le pays vit aujourd’hui un paradoxe déroutant : une stabilité institutionnelle construite sur un paysage politique appauvri, où la compétition électorale sert davantage de décorum que d’espace de choix.
Un test décisif pour l’avenir démocratique
La question centrale n’est donc pas de savoir qui gagnera. Le suspense est quasi inexistant.
La véritable interrogation concerne ce que cette élection dit du futur politique du Bénin.
Trois enjeux majeurs :
- Le pluralisme est-il encore réel ?
Un scrutin où un seul adversaire joue le rôle de figurant peine à convaincre de l’ouverture démocratique. - La participation citoyenne suivra-t-elle ?
Le désenchantement politique pourrait se traduire par un taux d’abstention élevé, révélateur d’un malaise caché. - Quelle place pour l’opposition après 2026 ?
Une opposition affaiblie risque de disparaître du jeu politique, laissant un pouvoir sans contrepoids.
Conclusion : un pays en ordre, mais sans véritable débat
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Le Bénin s’engage dans une présidentielle qui ressemble davantage à un rituel institutionnel qu’à un moment fort de démocratie participative.
Romuald Wadagni, favori évident, avance dans un champ politique soigneusement balisé.
Quant à l’unique adversaire, il existe parce qu’il fallait bien une alternative nominale.
Le défi est clair : maintenir l’apparence d’une démocratie tout en en réduisant l’essentiel.
Le Bénin n’est pas en crise ouverte, mais il fait face à une question fondamentale :
quelle valeur accorde-t-on encore à la compétition politique ?
Analyse de Tossoukpe Frédéric Herman
Pour DUNIA NEWS













