Quand la gratuité de la césarienne devient une illusion : plaidoyer pour un sursaut éthique et institutionnel
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L’information aurait pu passer inaperçue, étouffée par les clameurs politiques et les tempêtes médiatiques. Mais elle a résisté au vacarme, imposant un retour au réel, un réveil des consciences. Une récente enquête révélait un scandale à l’échelle nationale : la supposée gratuité de la césarienne dans les structures de santé publique est en train de s’effondrer, victime de pratiques frauduleuses, d’inertie institutionnelle et d’un effritement du sens moral.
Une gratuité factice devenue une rente occulte
Instaurée sous le régime du président Abdoulaye Wade comme un acquis majeur de la politique de santé publique, la gratuité de la césarienne, qui inclut les examens préopératoires, les médicaments, l’acte chirurgical et le séjour hospitalier, semble aujourd’hui n’être qu’une façade. Dans plusieurs postes de santé, centres et hôpitaux, des femmes continuent de payer pour un service censé être offert sans frais. Pis encore, certaines sages-femmes et gynécologues en ont fait une source de revenus parallèles, en toute impunité.
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Le professeur Daouda Ndiaye, parasitologue et ancien doyen de la faculté de médecine de l’UCAD, dénonce avec vigueur cette dérive :
« Quand un acte gratuit devient payant au profit de quelques individus, c’est le pacte de confiance entre l’État et les citoyens qui est brisé. Ce n’est plus seulement une question médicale, mais une question de justice sociale. »
(Entretien dans Santé publique et éthique, L’Harmattan, 2023, p. 127)
Le système de santé comme théâtre d’une corruption ordinaire
L’enquête met également à nu un système de détournement organisé dans les structures sanitaires de l’intérieur du pays. Des infirmiers-chefs de poste (ICP), de connivence avec certains présidents de comités de santé, montent des circuits parallèles de distribution de médicaments. La dotation publique, censée profiter aux plus démunis, est détournée pour alimenter des « pharmacies privées de l’ombre ».
Un interne confie, sous anonymat :
« Dans certaines localités, plus de 80 % des médicaments n’atteignent pas les patients. L’ICP les garde pour les revendre ou pour en disposer à sa guise. »
Le sociologue de la santé, Dr Pape Demba Cissé, enseignant à l’Université Gaston Berger, explique ce phénomène dans ses travaux :
« Il ne s’agit pas seulement de corruption individuelle, mais d’un effondrement systémique. L’absence de contrôle réel permet aux agents véreux de prospérer. Quand le bien commun est capturé par des logiques privées, c’est la santé publique qui agonise. »
(Santé et gouvernance au Sénégal, Presses universitaires de Dakar, 2022, p. 94)
Un silence complice, un scandale visible
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Ce qui choque le plus, c’est que ces pratiques ne sont plus clandestines. Elles sont désormais visibles, acceptées, parfois même défendues. Le refus des agents de santé de se soumettre aux contrôles de l’Agence de Régulation Pharmaceutique (ARP) en dit long sur l’état de déliquescence du système.
Le philosophe camerounais Achille Mbembe notait dans Critique de la raison nègre :
« Lorsque le crime devient la norme, c’est la société entière qui entre dans une zone de non-droit, sans même s’en apercevoir. »
(Éditions La Découverte, 2013, p. 101)
Une presse au chevet de la République
Face à cette situation dramatique, le rôle de la presse prend une dimension cruciale. Elle ne doit pas seulement faire du bruit, mais éclairer l’opinion, forcer la discussion autour de l’essentiel. Comme le rappelle la journaliste Rama Seck :
« Un bon journaliste n’est pas celui qui parle beaucoup, mais celui qui oblige à parler vrai. »
Ce type de journalisme rappelle l’injonction de John Dewey, penseur américain du pragmatisme :
« La démocratie commence à échouer lorsque les citoyens ne sont plus informés correctement pour agir. La presse doit être la courroie entre l’information et l’action. »
(The Public and its Problems, 1927, p. 119)
L’urgence d’un sursaut national
Cette crise sanitaire s’inscrit dans un contexte plus large de crise éducative, avec un taux de réussite au baccalauréat 2025 tombé à 42,85 %. Un chiffre qui, bien que moins dramatique que certains le craignaient, reste préoccupant et symptomatique de la dégradation des services publics. Le naufrage est collectif. Il témoigne d’un effondrement des politiques publiques, d’une perte de repères éthiques et d’un déficit de redevabilité.
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Le spécialiste en politiques sociales, le Pr Fatoumata Kane, résume la situation :
« Nous ne pouvons pas construire un pays sur des illusions de gratuité, ni sur un système éducatif où l’échec est la norme. Le sursaut national ne viendra pas de discours, mais d’actes courageux et d’une presse qui éclaire, dénonce et propose. »
(Gouvernance sociale au Sénégal, Editions Papyrus Afrique, 2024, p. 208)
Conclusion :
Les révélations sur la fausse gratuité de la césarienne sont le symptôme d’un mal plus profond : un effondrement de l’éthique publique. Elles posent une question simple et frontale : que vaut une politique sociale si elle est trahie dans son exécution ? Le pays n’a plus le luxe du déni. Il lui faut un sursaut – institutionnel, moral, médiatique. Pour que demain, la gratuité ne soit plus un slogan, mais une réalité vécue.
Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













