Quand la langue devient une arme : plaidoyer pour une éthique de la parole

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Quand la langue devient une arme : plaidoyer pour une éthique de la parole

Par Imam chroniqueur Babacar Diop

La langue, ce petit organe doté par le Créateur à chacun de nous, est bien plus qu’un instrument de communication. Elle est capable de nourrir l’amour comme de semer la destruction. Comme le souligne le Coran : « Quiconque croit en Allah et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il se taise » (Sourate Al-Ahzab, 33:70). Cette injonction divine nous rappelle que chaque mot prononcé a un poids, et que la médisance est loin d’être anodine.

Il y a plus de trente ans, mon professeur de philosophie, Gor Mack Mbow, nous enseignait déjà que la langue pouvait devenir un instrument de destruction. Selon lui, « parler sans vérifier, juger sans raison, relayer des rumeurs infondées, voilà la véritable habileté des faibles ». Aujourd’hui, force est de constater que ces dérives se sont accentuées, au point de devenir une habitude sociale. La langue, qui devrait être un vecteur de bienveillance, s’est transformée en arme.

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Dans notre quotidien, combien de fois avons-nous assisté à des jugements hâtifs et à des accusations gratuites ? Une réussite sociale devient immédiatement suspecte : franc-maçonnerie, corruption, détournement… Une promotion chez une femme est vite imputée à du piston ou à des relations inavouables. Une personne élégamment vêtue est accusée de pratiques immorales, un jeune homme au café devient l’ombre de l’ivrogne. Comme le disait le Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « Celui qui croit en Allah et au Jour dernier ne doit pas porter atteinte à son frère par la parole » (Sahih Muslim, Hadith 2564).

La médisance, la calomnie et la diffamation ne sont pas de simples fautes sociales ; elles détruisent la cohésion de nos familles, de nos communautés et de nos institutions. Comme l’affirmait le philosophe grec Sénèque : « La langue est le miroir de l’âme ; si l’âme est corrompue, les mots seront venimeux ». William Shakespeare ajoutait : « Tout le talent de la méchanceté consiste à débiter d’absurdes médisances ». Edgar Allan Poe, lui, voyait dans la calomnie un outil des médiocres pour atteindre la grandeur.

Aujourd’hui, face à l’ampleur de ce fléau, il est légitime de se poser la question : et si l’on responsabilisait les individus ? Au Sénégal, une taxe sur la médisance, inspirée de l’exemple de l’Ouganda (200 shillings par jour pour limiter les commérages sur les réseaux sociaux), pourrait inciter à la retenue et contribuer aux caisses de l’État. Mais au-delà de la fiscalité, c’est une transformation intérieure qui est nécessaire.

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Comme je l’ai souvent écrit dans mes chroniques : « Celui qui maîtrise sa langue possède le pouvoir de bâtir ou de détruire, mais celui qui laisse sa parole errer sans contrôle sème le chaos autour de lui ». La sagesse prophétique est claire : « Que celui qui croit en Allah ne dise que le bien ou se taise ».

Il est temps que chaque Sénégalais se souvienne que la parole est un dépôt sacré confié par Allah. Elle peut guérir ou blesser, unir ou diviser, honorer ou humilier. Que nos discussions deviennent des espaces de construction et non de destruction, car, comme le disait Ibn Qayyim Al-Jawziyya : « Les mots injustes sont des chaînes qui lient le cœur de celui qui les prononce autant que celui qui les reçoit ».

Alors, avant de juger ou de répéter, souvenons-nous de cette injonction : « Examinez-vous vous-mêmes avant de scruter les défauts des autres ». La médisance n’est pas seulement un vice social ; c’est un poison spirituel. Et chaque mot injustement prononcé est un rappel à notre faiblesse humaine, mais aussi une invitation à l’éthique et à la tempérance.

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Babacar Diop

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