Quand la Nuit Devient Lumière : Deux Auteurs Aveugles et la Clarté de l’Âme
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La vraie lumière ne réside pas dans les yeux, mais dans la profondeur de l’âme. Deux auteurs sénégalais, Ousseynou Mboup et Moussa Boury Diouf, viennent de le rappeler à travers leurs œuvres respectives : Les yeux de l’esprit et Le journal de l’aveugle. Deux voix, deux générations, une seule lumière intérieure.
« Le véritable regard ne se limite pas à l’œil ; il naît dans l’intention et la réflexion », affirme le sociologue contemporain Abdoulaye Wade (2022, Regards sur la société, p. 87). Et c’est précisément ce regard intérieur que ces deux hommes offrent au lecteur.
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Ousseynou Mboup : écrire pour défier l’ombre
Ousseynou Mboup, né en 1992 à Thiadiaye et élevé à Joal, étudiant en master de droit à l’Université Cheikh Anta Diop, est passionné de musique et de lettres. Dans Les yeux de l’esprit, il explore sa propre introspection et les combats intimes contre le mépris social et la fatalité.
Il confie : « Le handicap n’est pas un drame, il est une arme. Il éveille la sagesse et fait appel à la résilience de l’esprit. » Pour Mboup, « parler avec l’éternité, c’est s’affirmer avec l’âme » – un principe qu’il traduit dans chacune de ses lignes.
L’ouvrage est scindé en deux parties : Le mépris social et Une vie malgré tout. Mboup y dénonce une société dont l’état d’esprit est défaillant et affirme que le handicap ne définit pas la destinée. « L’environnement du bois sacré de l’Ucad a réveillé l’état d’esprit de mes écrits », explique-t-il. Accessible en braille, en gros caractères et en version numérique, le livre devient un pont entre les mondes visibles et invisibles.
Comme le souligne Amadou Hampâté Bâ : « La mémoire intérieure, celle que l’œil ne peut capter, est le miroir le plus fidèle de l’âme » (La Vie des Hommes, p. 142). Cette vérité éclaire chaque page du jeune auteur, où la lucidité et la sensibilité s’entrelacent.
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Moussa Boury Diouf : la nuit comme espace de connaissance
Moussa Boury Diouf, né en 1965 à Dakar, poursuit l’enseignement du français grâce aux outils numériques adaptés. Devenu aveugle sans renoncer à la vie, il incarne la persévérance et la maîtrise de soi. Son essai, Le journal de l’aveugle, sur le chemin avec les ténèbres, est une biblio-thérapie : un dialogue entre la nuit, le savoir et la clarté intérieure.
« La nuit est un espace de connaissance, un lieu où l’on découvre la profondeur de la vie, loin des illusions du visible », explique-t-il. Son ouvrage, structuré en trois parties et vingt-huit journaux, aborde les thèmes de l’humanisme du braille, le civisme pendant le Covid, la téranga sénégalaise et l’inclusion des élèves déficients visuels. Il rend également hommage à Ousseynou Mboup, citant Pierre Corneille : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. »
Le Professeur Khaled Abou El Fadl note : « Les environnements adaptés et la technologie peuvent transformer un handicap en catalyseur de connaissance et de créativité » (Human Rights and Education, 2021, p. 233). Les parcours de Mboup et Diouf incarnent cette réalité, illustrant comment la nuit peut devenir lumière.
La portée sociale et culturelle
Au-delà de leur condition physique, ces deux auteurs renouvellent la perception du handicap au Sénégal. Ils rappellent que la société a tendance à confondre incapacité physique et manque d’intelligence ou de créativité. Leurs livres ouvrent une réflexion sur l’inclusion, le rôle de l’éducation spécialisée et le pouvoir de la résilience humaine.
Comme je l’écris dans ma chronique : « L’homme qui transcende le visible pour nourrir l’âme éclaire ceux qui croient voir » – Imam Babacar Diop. Cette lumière-là, née de l’expérience et du dépassement de soi, dépasse l’obscurité et inspire toute une génération.
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Deux voix, une seule lumière
Lors de la troisième édition du salon Dakar Livres, au Centre culturel régional Blaise Senghor, les deux auteurs ont démontré que l’obscurité n’est pas un obstacle mais un levier pour révéler la lumière intérieure. Ousseynou Mboup et Moussa Boury Diouf ne possèdent peut-être pas la lumière des yeux, mais ils portent un soleil immuable dans l’âme.
Deux générations, deux visions, deux nuits, mais une seule lumière. Une lumière qui éclaire le cœur et l’esprit, et que rien ne peut éteindre.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













