Quand la pudeur vacille : la dérive sexuelle sur les réseaux sociaux au Sénégal

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Quand la pudeur vacille : la dérive sexuelle sur les réseaux sociaux au Sénégal

Dans un climat où les scandales numériques deviennent des phénomènes viraux, un ancien contenu vidéo ravive les inquiétudes sur la banalisation de l’intime et la perte des repères moraux dans l’espace public sénégalais.

Une dérive qui ressurgit

L’affaire date de 2019, mais c’est en 2025 qu’elle revient hanter les écrans sénégalais : une vidéo relatant une « tontine de passes » — une cagnotte collective destinée à l’achat de services sexuels, organisée entre femmes à tour de rôle — refait surface, remise au goût du jour par des influenceurs et « archéologues du buzz » sur TikTok.

Le phénomène, qui peut sembler marginal, s’inscrit dans une dynamique inquiétante : celle de la sexualisation croissante de l’espace numérique sénégalais. Il ne s’agit plus seulement de scandales individuels isolés, mais d’un système qui semble s’organiser, s’assumer et parfois même se monétiser.

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Du “buzz” à la banalisation

Des salons privés à accès payant, des vidéos suggestives en live, des récits crus de rencontres tarifées : les réseaux sociaux sénégalais, autrefois espaces de partage et de débat, deviennent de véritables scènes de “confession charnelle”. Sur ces plateformes, certains n’hésitent plus à troquer leur intimité contre de la visibilité… ou de l’argent.

Des internautes ont même inventé une expression pour qualifier cette mutation : “Netfesse”, contraction ironique entre “Netflix” et les fesses. Le jeu de mots illustre un glissement de l’imaginaire collectif, où l’exhibition n’est plus perçue comme déviante, mais comme un moyen de reconnaissance ou de revenu.

Une morale publique en déclin ?

La réaction des autorités morales ne s’est pas fait attendre. L’ONG Jamra, en première ligne sur les questions de décence publique, semble cependant dépassée par l’ampleur du phénomène. “Burn-out moral”, ironisent certains observateurs face à l’impuissance manifeste des structures traditionnelles de régulation.

Dans cette spirale, la notion même de pudeur semble reléguée au second plan. Comme le résume un internaute : “Au pays de la Teranga, même la pudeur demande l’asile.” Une image forte pour décrire l’érosion des garde-fous éthiques, dans un contexte où le contenu le plus choquant attire souvent le plus grand nombre de clics.

La cybersécurité en ligne de front

Face à cette marée numérique de contenus à caractère sexuel, la Brigade nationale de la cybersécurité tente de reprendre le contrôle. Mais avec des moyens encore limités et une législation en retard sur les pratiques numériques émergentes, l’efficacité reste partielle.

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“Il faut une véritable éducation au numérique, une sensibilisation massive et des sanctions adaptées”, plaide un sociologue spécialisé en jeunesse et culture digitale. Car la question n’est pas seulement juridique ou morale : elle est aussi sociale. Que révèle cette marchandisation de l’intime sur le rapport des jeunes à leur corps, à la réussite, au besoin de reconnaissance ?

Vers un nouveau contrat social numérique ?

Le phénomène interroge profondément notre société sur les frontières entre vie privée et espace public, entre liberté d’expression et dérive exhibitionniste. À l’heure où les plateformes deviennent des scènes mondiales, chaque acte, aussi intime soit-il, peut être capté, rediffusé, monétisé — et vidé de sa charge humaine.

Il est urgent de repenser nos rapports à l’écran, à la notoriété, et à la dignité. Car à trop « vendre » l’intime, c’est l’espace public tout entier qui se transforme en chambre noire connectée au Wi-Fi. Et si nous n’y prenons garde, c’est la pudeur — valeur fondatrice de notre vivre-ensemble — qui risque de disparaître définitivement de notre horizon numérique.

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Par imam chroniqueur Babacar Diop

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