Quand la souffrance psychique pousse au silence définitif

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Quand la souffrance psychique pousse au silence définitif

Il est des morts qui ne font pas de bruit, mais qui crient longtemps dans la conscience collective. Le suicide est de celles-là. Derrière chaque geste fatal se cache presque toujours une souffrance intérieure profonde, souvent ancienne, parfois invisible, mais rarement anodine. Au Sénégal, comme ailleurs, les troubles psychiques constituent l’un des principaux terreaux du passage à l’acte suicidaire.
La dépression, les psychoses, les troubles de l’humeur ou encore les addictions ne sont pas de simples fragilités passagères. Ils sont, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des facteurs de risque majeurs du suicide. L’OMS rappelle que « plus de 90 % des personnes décédées par suicide souffraient d’un trouble mental diagnostiqué ou non » (OMS, Preventing Suicide: A Global Imperative).

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Cette réalité, longtemps reléguée à la sphère du tabou, impose aujourd’hui la santé mentale comme une urgence de santé publique. En Afrique, les troubles mentaux figurent parmi les maladies non transmissibles les plus lourdes en termes de mortalité et de handicap. Pourtant, ils demeurent insuffisamment pris en charge, mal compris et souvent stigmatisés.
Au Sénégal, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Plan stratégique d’amélioration de la qualité des soins en santé mentale (2024-2028) révèle que 6,4 % des personnes ayant déclaré une maladie souffrent de troubles mentaux. Mais derrière ces statistiques se cachent des vies fragilisées, des familles démunies et des parcours de soins souvent interrompus.
Pour la professeure Aïda Sylla, psychiatre, le lien entre suicide et trouble mental ne fait aucun doute :
« Tout suicide ou toute tentative de suicide est fondamentalement lié à un trouble mental, qu’il soit connu, ignoré ou minimisé. La maladie mentale altère le jugement, la perception de soi et du monde », explique-t-elle.
Le problème ne réside pas uniquement dans la maladie, mais aussi dans la faiblesse structurelle du système de prise en charge. Avec moins d’une quarantaine de psychiatres pour tout le pays, dont une infime minorité spécialisée en pédopsychiatrie ou en addictologie, l’accès aux soins demeure un parcours d’obstacles. Le psychiatre français Boris Cyrulnik rappelle d’ailleurs que « la souffrance psychique devient mortelle lorsqu’elle ne rencontre ni parole, ni soin, ni regard humain » (Psychothérapie de Dieu, Odile Jacob).
À cette pénurie s’ajoute un défaut de coordination entre professionnels de santé, travailleurs sociaux et familles. Or, comme le souligne le psychiatre Jean-Claude Ameisen,
« soigner la souffrance mentale ne peut se faire sans une approche globale intégrant le social, l’affectif et le culturel ».

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Mais le suicide n’est pas toujours précédé d’un diagnostic médical. Il naît parfois d’une mauvaise gestion émotionnelle, d’un traumatisme affectif mal cicatrisé, d’une humiliation vécue comme une fin du monde. Les blessures de l’âme, lorsqu’elles sont tues, peuvent devenir des poisons lents.
Le témoignage de B. G., survivante de plusieurs tentatives de suicide, en est une illustration poignante. Trahie dans une relation amoureuse où elle avait tout investi, elle décrit l’effondrement intérieur qui a suivi. Pour le sociologue Mamadou Lamine Faye, ces situations relèvent souvent d’une incapacité à contenir le choc émotionnel :
« Lorsqu’un événement brutal vient détruire un projet affectif central, certaines personnes perdent leurs repères identitaires. Sans soutien, la souffrance devient insupportable », analyse-t-il.
Le sociologue pointe également l’effritement des solidarités traditionnelles. Famille, voisinage, communauté jouaient autrefois un rôle d’« amortisseur social ». Leur affaiblissement laisse aujourd’hui de nombreux individus seuls face à leur détresse. Or, comme le souligne le psychiatre Michel Debout, spécialiste du suicide,
« le suicide n’est pas tant un désir de mourir qu’un désir de faire cesser une douleur devenue intolérable ».

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Prévenir le suicide, c’est donc écouter avant qu’il ne soit trop tard, reconnaître la maladie mentale comme une maladie à part entière, investir dans les soins, mais aussi réparer les liens humains. Tant que la souffrance psychique restera enfermée dans le silence, elle continuera de réclamer son tribut de vies.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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