Quand le mensonge se refait une beauté : le blanchiment de l’info à l’ère du numérique

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Quand le mensonge se refait une beauté : le blanchiment de l’info à l’ère du numérique

Par Imam chroniqueur Babacar DIOP

« Nous vivons dans une économie de l’attention où la vitesse de diffusion de l’erreur dépasse celle de la vérité. »
— Gérald Bronner, Apocalypse cognitive, PUF, 2021, p.112.

La nouvelle vie des vieilles intox

Dans l’univers numérique, les fausses nouvelles ne meurent pas : elles renaissent sous d’autres visages.
Un mot changé, une photo déplacée, un logo ajouté… et la rumeur redevient “actualité”.
C’est ce qu’on appelle le blanchiment de l’information sale, une pratique aussi redoutable que le blanchiment d’argent.

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Son principe : reprendre une fausse information démentie, la maquiller, puis la relancer dans un contexte émotionnel fort.
Elle redevient alors “neuve”, séduisante — et terriblement dangereuse.

Quand la mémoire courte sert le mensonge

Les artisans de la désinformation exploitent deux faiblesses humaines : notre mémoire courte et notre émotivité immédiate.
Une vidéo de 2018 devient un “drame d’hier à Dakar”.
Une rumeur ancienne refait surface au moment d’une élection ou d’une crise sanitaire.

Pendant la pandémie de Covid-19, les rumeurs antivaccins ont proliféré. Elles ont ensuite été recyclées lors d’autres campagnes de santé publique, preuve que le mensonge numérique se nourrit du temps.

« La désinformation au Sénégal a pris une forme culturelle : on recycle le mensonge comme un conte moderne que chacun adapte à sa manière. »
— Abdou Khadre Lo, Communication numérique et désinformation au Sénégal, Colloque UGB, 2024, p.88.

La foi en la vérité, une résistance morale

En tant qu’imam, je vois dans ce phénomène un enjeu éthique majeur.
Le Prophète Muhammad (PSL) a averti :

« Il suffit à l’homme d’être menteur pour qu’il rapporte tout ce qu’il entend. »
(Rapporté par Muslim, hadith n°5)

Autrement dit : le mensonge ne commence pas toujours par celui qui l’invente, mais souvent par celui qui le propage sans vérifier.

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Le Coran, dans un verset d’une puissance prémonitoire, nous exhorte :

« Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez, de peur que par ignorance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez ensuite vos actes. »
(Sourate Al-Houjourat, 49 : 6)

Une pollution morale

Le blanchiment de l’info n’est pas qu’un problème technique : c’est une pollution morale.
Il brouille la mémoire collective, détruit la confiance et affaiblit le lien social.

« Les fausses nouvelles recyclées sapent la confiance sociale, déjà fragile, et installent la peur comme mode d’interprétation du monde. »
— Babacar Charles, L’Afrique et la vérité numérique, L’Harmattan Sénégal, 2023, p.54.

La philosophe Hannah Arendt, dans La Crise de la culture (Gallimard, 1972, p.66), rappelait :

« Le mensonge organisé tend à détruire non pas les vérités particulières, mais le sens même de la vérité. »

Or, quand le sens de la vérité s’efface, la société s’aveugle.

Ralentir avant de cliquer : une éthique du doute

Vérifier la date, la source, le lieu, le contexte… Ce ne sont pas des gestes secondaires, mais des actes de foi numérique.
Je le dis souvent dans mes causeries :

« La vérité, c’est comme une lampe à huile : si tu la tiens droite, elle éclaire ton chemin ; si tu la renverses, elle te brûle les doigts. »

Le blanchiment de l’info, c’est cette lampe renversée : une lumière dévoyée qui brûle ceux qui la manipulent.

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Dans un monde saturé d’émotions et d’images, ralentir avant de cliquer est un acte spirituel.
Car à l’ère du numérique, chaque partage est un vote : pour le vrai ou pour le faux.

À retenir

Le blanchiment d’info consiste à recycler des intox anciennes avec une nouvelle apparence.

Les réseaux sociaux amplifient ces contenus émotionnels.

Vérifier avant de partager, c’est un devoir moral et citoyen.

Imam chroniqueur Babacar DIOP

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