Quand l’insalubrité se glisse dans nos repas de rue

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Quand l’insalubrité se glisse dans nos repas de rue

Au Sénégal, le débat sur l’alimentation dépasse largement la question du goût ou du prix. Il touche aujourd’hui à une problématique centrale : l’hygiène. Dans certains quartiers de Dakar, la réalité est saisissante. Au canal 4 de la Médina, par exemple, de nombreux vendeurs de nourriture s’installent quotidiennement à proximité immédiate des eaux usées.

Des scènes qui interpellent

En longeant le canal, le contraste saute aux yeux. D’un côté, des marmites fumantes, des plats appétissants de thiéboudiène, de beignets et de brochettes ; de l’autre, des eaux stagnantes aux relents nauséabonds. Marième, vendeuse de beignets depuis dix ans, explique :
« Nous n’avons pas d’autre endroit. Ici, il y a du passage et donc des clients. Si on part plus loin, on risque de ne rien vendre ».

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Pourtant, cette proximité avec les eaux usées inquiète. Abdoulaye, chauffeur de taxi, confie :
« Je mange souvent ici parce que c’est rapide et pas cher, mais à chaque fois je me demande si c’est vraiment sain. On n’a pas toujours le choix ».

Le regard des spécialistes

Ces inquiétudes sont loin d’être infondées. Le Dr. Fatou Bintou Ndiaye, spécialiste en santé publique, met en garde :
« Plus de 70 % des maladies diarrhéiques recensées en milieu urbain sont liées à une consommation d’aliments préparés ou conservés dans des conditions insalubres » (Ndiaye, Hygiène et santé urbaine au Sénégal, p. 112).

Le sociologue Abdoulaye Bâ, quant à lui, souligne la dimension sociale du problème :
« Le repas de rue est une économie de survie, mais il reflète aussi une responsabilité partagée. Les vendeurs, les consommateurs et surtout les autorités municipales doivent travailler ensemble pour instaurer des règles d’hygiène claires » (Sociologie des pratiques alimentaires en Afrique urbaine, p. 89).

La voix morale

Face à cette situation, Imam chroniqueur Babacar Diop apporte un éclairage spirituel et éthique :
« L’aliment que nous consommons ne nourrit pas seulement le corps, il nourrit aussi l’âme. Manger dans l’impureté, c’est exposer son être à une double fragilité : physique et spirituelle ».

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Et d’ajouter : « Il n’y a pas de bénédiction dans un repas qui, dès son origine, est souillé par l’insalubrité. Préserver l’hygiène, c’est préserver la vie que Dieu nous a confiée ».

Entre survie et santé publique

Au fond, la question dépasse le simple cadre du repas de rue. Elle renvoie à un dilemme collectif : comment concilier l’urgence de se nourrir à bas prix avec l’impératif de protéger la santé publique ? Le canal 4 de la Médina n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais il illustre la nécessité d’une prise de conscience nationale.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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