Relations élèves-professeurs : Entre transmission du savoir et prévention des dérives affectives
Votre Pub ici !

Par imam chroniqueur Babacar Diop
À l’école, où le savoir est censé s’échanger dans un cadre structuré et rigoureux, des tensions d’ordre affectif ou sentimental peuvent parfois surgir entre enseignants et apprenants. Ce phénomène, bien que marginal, interpelle les pédagogues, les psychologues de l’éducation et les responsables administratifs, qui insistent sur la nécessité de prévenir tout glissement relationnel au sein de la sphère scolaire.
Une proximité à double tranchant
Dans un cadre scolaire où enseignants et élèves partagent parfois le même groupe générationnel, la proximité peut favoriser des liens non souhaités. « Dès la formation initiale, on nous met en garde : il faut absolument poser des barrières dès les premiers jours », confie I. Sané, professeur de Mathématiques à Bignona. Pour ce dernier, « l’éthique de l’enseignement exige de dissocier strictement la transmission du savoir de toute tentation affective. »
À lire aussi : La charge mentale des femmes au Sénégal : un fardeau invisible mais bien réel
Ce positionnement trouve un écho chez Philippe Meirieu, spécialiste français de la pédagogie : « L’enseignant ne peut pas faire l’économie d’une réflexion éthique sur la relation éducative. Il doit mettre des limites claires, car c’est dans la clarté des rôles que l’apprentissage devient possible » (Lettres à un jeune professeur, ESF, 2006, p. 54).
Stratégies de distanciation éthique
Pour prévenir toute ambiguïté, certains enseignants vont jusqu’à refuser de dispenser des cours particuliers à domicile à des élèves du sexe opposé. « Je ne fais pas de cours à la maison pour les filles. Ce sont des principes », dit M. Sané. Il oriente systématiquement les demandes vers d’autres collègues.
Dans la même veine, J. Diène, professeur de Sciences de la Vie et de la Terre à Thiès, explique qu’il n’autorise aucun contact avec ses élèves en dehors du cadre scolaire : ni appels, ni messages, ni réseaux sociaux. « Il faut maintenir le mystère du professeur. L’élève doit voir en lui un repère, un éducateur. »
Cette posture s’aligne avec les recommandations de Daniel Marcelli, pédopsychiatre et professeur de psychiatrie de l’enfant : « L’autorité éducative repose sur une asymétrie fondatrice. Toute tentative d’égalisation des rôles détruit la distance pédagogique nécessaire » (L’autorité en éducation, Albin Michel, 2013, p. 78).
À lire aussi : Trop de sucre : un ennemi silencieux pour la santé
La force de la législation et du règlement intérieur
Dans plusieurs établissements, les relations affectives ou commerciales entre enseignants et élèves sont formellement interdites par les règlements intérieurs. « L’enseignant ne peut pas vendre de produits à ses élèves, ni entretenir de relation affective ou sexuelle, même avec une élève majeure s’il a autorité sur elle », rappelle M. Diène.
La loi sénégalaise va plus loin. Elle protège particulièrement les mineures contre les abus d’autorité. « Une relation sexuelle entre un enseignant et son élève, même consentie, est considérée comme un abus de faiblesse si l’élève a moins de 21 ans et est sous son autorité », stipule le Code pénal sénégalais (article 320 bis).
En ce sens, Jacques Pain, expert en sciences de l’éducation, insiste : « L’école est un espace d’asymétrie symbolique. Ce déséquilibre structurel doit être protégé juridiquement, car il garantit la confiance de l’élève dans l’institution » (Violence et éducation, Matrice, 2008, p. 123).
Favoriser l’attachement… à la matière, pas à la personne
Paradoxalement, certains pédagogues estiment que l’affection pour un enseignant peut stimuler l’intérêt pour sa discipline. Un enseignant sous anonymat affirme : « Il faut se rendre attirant pour que l’élève aime la matière, mais il faut éviter qu’elle aime la personne. »
À lire aussi : Ghana – Le virus Mpox fait sa première victime : 23 nouveaux cas en une semaine, les autorités renforcent la riposte
Un avis que tempère Françoise Lantheaume, sociologue de l’éducation : « Ce n’est pas l’amour du professeur qui doit motiver l’élève, mais le désir de comprendre. La confusion des sentiments compromet les apprentissages durables » (Sociologie des enseignants, PUF, 2008, p. 91).
Des établissements vigilants, mais parfois silencieux
Dans certains collèges, comme le Cem Kennedy à Dakar, bien que les élèves soient jeunes et les enseignants aguerris, le règlement intérieur ne mentionne pas explicitement les relations entre élèves et professeurs. En revanche, il encadre strictement la tenue vestimentaire et les comportements jugés inappropriés.
Pourtant, comme le souligne Marie Duru-Bellat, sociologue française de l’éducation : « La prévention des risques affectifs dans l’école passe par une régulation claire, explicite, et connue de tous – pas seulement implicite » (L’école des filles, L’Aube, 2004, p. 134).
À lire aussi : DIAMNIADIO EN DANGER : Le revers toxique du progrès
Conclusion
Les relations entre enseignants et élèves doivent rester dans le strict cadre de l’enseignement et de l’éducation. Si les sentiments ne se commandent pas, le devoir professionnel, lui, impose rigueur et retenue. À l’heure où les réseaux sociaux accentuent les risques de confusion des sphères, la vigilance, l’éthique professionnelle et la clarté des règles restent les meilleurs remparts contre toute dérive.













