Rétention des dépouilles palestiniennes : un levier contesté devant la justice israélienne

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Depuis plusieurs années, la conservation par Israël des corps de Palestiniens tués lors d’opérations militaires ou sécuritaires alimente un débat à la fois juridique, humanitaire et politique. Qualifiée de « punition collective » par les organisations de défense des droits humains et de mesure stratégique par les autorités israéliennes, cette pratique est de nouveau au cœur d’un bras de fer judiciaire inédit.
Une coalition d’organisations palestiniennes et internationales vient en effet de saisir la Cour suprême israélienne pour exiger la restitution « immédiate et inconditionnelle » des dépouilles retenues. Le recours, porté par le Centre d’assistance juridique et des droits de l’homme de Jérusalem et l’Initiative nationale pour la restitution des corps des martyrs, s’appuie sur un élément nouveau susceptible, selon les plaignants, de faire vaciller la position officielle de Tel-Aviv.
Un tournant juridique avec le dossier Ran Gvili
L’argument central de la plainte repose sur la récente récupération par Israël du corps de Ran Gvili, un captif israélien détenu à Gaza. Pour les avocats des familles palestiniennes, ce rapatriement marque un tournant décisif : il priverait désormais l’État hébreu du principal fondement invoqué pour maintenir la rétention des corps palestiniens, à savoir leur usage comme monnaie d’échange dans d’éventuelles négociations futures.
Jusqu’à présent, cette politique s’appuyait notamment sur une décision rendue en septembre 2019 par la Cour suprême israélienne, autorisant l’armée à conserver temporairement les dépouilles de Palestiniens tués, dans une logique assumée de levier de négociation. Les ONG estiment qu’avec la clôture du dossier Ran Gvili, cette justification ne tient plus et que la poursuite de la rétention constitue une violation manifeste du droit international humanitaire.
Les “cimetières des nombres”, symbole d’une pratique opaque


Au-delà de l’enjeu juridique, la procédure remet en lumière une réalité longtemps dénoncée par les défenseurs des droits humains. Selon les chiffres avancés par les requérants, Israël détiendrait actuellement les corps de 777 Palestiniens, conservés soit dans des morgues, soit dans les tristement célèbres « cimetières des nombres ».
Dans ces sites, les tombes sont anonymes, signalées uniquement par des plaques numérotées, privant les familles de toute possibilité d’identification, de deuil et de sépulture conforme à leurs rites. Parmi les dépouilles recensées figurent 96 détenus, 77 enfants et 10 femmes, ainsi que des centaines de personnes non identifiées originaires de la bande de Gaza.
Un silence international dénoncé
Les organisations à l’origine du recours dénoncent également ce qu’elles qualifient de passivité de la communauté internationale face à cette situation. Selon elles, ce silence contribue à banaliser une pratique qui porte atteinte à la dignité humaine, tant celle des défunts que celle de leurs proches, privés du droit fondamental d’enterrer leurs morts.
En relançant la bataille judiciaire, les plaignants espèrent non seulement obtenir une décision favorable, mais aussi contraindre les acteurs diplomatiques et humanitaires à se saisir pleinement de ce dossier sensible, devenu emblématique des dérives du conflit israélo-palestinien.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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