Sédentarité : quand rester assis devient mortel
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Nous pensions que le danger venait du dehors. Or, il est déjà en nous, ou plutôt sous nous. Car le simple fait de rester assis trop longtemps constitue aujourd’hui une des premières causes évitables de mortalité dans le monde. Cette inactivité insidieuse a un nom : la sédentarité, un mal du siècle souvent ignoré, rarement combattu, mais tragiquement efficace.
Un fléau global, discret, mais dévastateur
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) tirait déjà la sonnette d’alarme en 2020. Mais son dernier rapport publié en octobre 2023 est encore plus alarmant :
« Si la tendance actuelle se poursuit, on comptera plus de 500 millions de nouveaux cas de maladies non transmissibles liées à l’inactivité physique d’ici 2030. »
Cancers, AVC, diabète de type 2, dépression : les coûts sanitaires de la sédentarité sont évalués à 27 milliards de dollars par an. Et l’Afrique, autrefois épargnée, rattrape dangereusement le retard… dans le mauvais sens.
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« L’immobilité n’est plus un choix. Elle est devenue une norme sociale masquée par le progrès technologique. »
— Dr Richard Bailey, chercheur à l’UNESCO, Physical Literacy for Life, 2022, p. 56.
Corps immobile, corps malade
Les effets délétères de la sédentarité dépassent le simple surpoids. Chaque heure assise en continu agit comme une goutte de poison sur notre métabolisme : ralentissement de la circulation sanguine, diminution de la sensibilité à l’insuline, atrophie musculaire, inflammation chronique silencieuse.
Une étude dirigée par Pr Ulf Ekelund (British Journal of Sports Medicine, 2023) démontre qu’au-delà de 8 heures d’inactivité quotidienne, le risque de mortalité augmente de 20 %, indépendamment du poids ou du régime alimentaire.
« Même ceux qui font du sport régulièrement ne sont pas protégés s’ils passent le reste du temps assis. »
— Pr Jean-Michel Oppert, nutritionniste, Inactivité physique et santé publique, Inserm, 2021, p. 142.
Un mal qui ronge toutes les générations
Autrefois, les enfants grimpaient aux arbres. Aujourd’hui, ils glissent sur des écrans. L’UNICEF (2024) signale que les adolescents sénégalais passent en moyenne 5 à 6 heures par jour devant un écran sans activité physique. Leurs capacités cardiovasculaires sont 25 % inférieures à celles de leurs parents au même âge.
Chez les personnes âgées, la sédentarité agit comme un « facteur de fonte lente », accélérant la dépendance et les chutes. Le Centre africain de gérontologie active (CAGE) prévient :
« Un senior qui passe plus de 9 heures assis quotidiennement voit son espérance de vie diminuer de 3 à 5 ans. »
« Vieillir debout, c’est vivre plus et mieux. La chaise, quand elle devient prison, est pire que la canne. »
— Pr Faustin Ouédraogo, gériatre, Vieillir actif en Afrique, L’Harmattan, 2023, p. 89.
Téléphones intelligents, corps engourdis
La technologie promettait de libérer l’homme. Elle l’a cloué au sol. En 2024, selon Digital Global Index, l’utilisateur moyen passe 7h42 par jour sur des écrans (smartphones, téléviseurs, ordinateurs). Le travail à distance, les séries, les jeux vidéo, les réseaux sociaux… autant de temps passé sans mouvement.
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« L’homme moderne vit dans une cage molle : elle est connectée, climatisée… et souvent mortelle à long terme. »
— David Le Breton, sociologue, Disparaître de soi, Éd. Métailié, 2022, p. 34.
Sédentarité et cerveau : une lente corrosion
L’immobilité altère aussi le fonctionnement cérébral. Selon une étude menée à l’Université de Californie (UCLA, 2022), le volume du lobe temporal médian (impliqué dans la mémoire) est significativement réduit chez les personnes très sédentaires, même sans signes de maladie.
Et une méta-analyse de l’Université de Toronto (2023) montre que les personnes sédentaires ont un risque accru de 31 % de souffrir de troubles anxiodépressifs.
« Le mouvement est une joie neuronale. Rester immobile, c’est se déconnecter de soi-même. »
— Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, Psyché et soma, Odile Jacob, 2022, p. 201.
Solutions pratiques : bouger dans le quotidien
Il n’est pas nécessaire de courir un marathon. Ce qui compte, c’est la régularité du mouvement. Voici les recommandations réactualisées de l’OMS (2023) :
Adultes : au moins 150 à 300 minutes d’activité physique modérée par semaine
Enfants : 60 minutes par jour
Seniors : inclure des activités de renforcement musculaire et d’équilibre
Mais surtout : éviter les longues périodes assises sans interruption.
Quelques gestes simples mais salvateurs :
Se lever toutes les 30 minutes (même 1 à 2 minutes suffisent à réactiver le métabolisme)
Marcher pendant les appels téléphoniques
Travailler debout 1h/jour (bureau ajustable)
Privilégier les escaliers aux ascenseurs
Marcher ou faire du vélo pour les petits trajets
« Le salut ne viendra pas du sport extrême, mais du retour au bon sens : bouger un peu, souvent, toujours. »
— Dr James Levine, Get Up!, Macmillan, 2020, p. 128.
Un enjeu de civilisation
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La lutte contre la sédentarité ne doit pas être laissée aux individus seuls. Urbanistes, pédagogues, entreprises, décideurs publics ont leur rôle à jouer. Il s’agit d’une refonte de notre rapport au corps, à la ville, au temps.
« Le mouvement est un droit humain fondamental, au même titre que l’alimentation ou le logement. »
— Prof. Karim Ouattara, expert en santé publique, La ville contre le corps, Éd. Codesria, 2024, p. 65.
Se lever, c’est déjà se sauver
La sédentarité n’est pas une fatalité. C’est une habitude, et comme toute habitude, elle peut être brisée. Se lever, marcher, bouger… c’est reprendre le pouvoir sur son corps, rallumer les moteurs de la vie, refuser une mort douce déguisée en confort.
« Le Prophète (PSL) disait : “Le corps a un droit sur toi.” (Bukhari, hadith n°1975). Ce droit commence par le mouvement. »
— Cheikh Ahmadou Tidiane Ba, conférencier et enseignant, Corps et spiritualité, Médina Press, 2023, p. 77.
Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













