Sénégal–FMI : l’art du recalibrage économique plutôt que la course au décaissement
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Le 3 octobre 2025, le Conseil d’administration du FMI ne s’est pas prononcé sur la fameuse dérogation (“waiver”) censée débloquer le reliquat du précédent programme de 1,8 milliard USD. Contrairement aux anticipations des marchés, aucune décision financière n’a été soumise au vote. La séance a plutôt servi à dresser un état des lieux : audits budgétaires, régularisation des passifs et perspectives de coopération.
Cette clarification, confirmée par Reuters et par la Directrice générale du FMI, marque une inflexion stratégique : saluer les progrès en transparence et préparer un nouveau programme aligné sur les priorités actuelles du Sénégal.
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Du misreporting à la vérité budgétaire : le point de départ du reset
L’affaire dite de misreporting a mis en lumière des écarts notables entre les chiffres officiels de la dette et la réalité constatée par les audits (Cour des comptes, IGE, puis cabinet international). Ces travaux ont révélé une sous-estimation des déficits et des engagements, entraînant une révision à la hausse du ratio dette/PIB (autour de 118–120 % à mi-2025 selon S&P).
Si ce choc de transparence a provoqué une dégradation de la note souveraine à B-, il a aussi ouvert la voie à un assainissement durable : un “reset” plutôt qu’un replâtrage.
Le pivot national : le PRES et le rebasing comme ancrages du renouveau
- Le PRES, levier de redressement et de souveraineté budgétaire
Le Plan de Redressement Économique du Sénégal (PRES) s’articule autour de quatre piliers :
- Restructuration de la dette intérieure : conversion des arriérés en instruments de marché (obligations, sukuk) pour soulager la trésorerie tout en soutenant les créanciers locaux.
- Valorisation d’actifs publics : création de véhicules de financement non budgétaires à partir du patrimoine foncier et immobilier de l’État, afin d’attirer des capitaux sans creuser le déficit.
- Mobilisation de l’épargne régionale : levées réussies sur le marché UEMOA (plus de 644 millions USD en juillet 2025) démontrant la confiance des investisseurs régionaux malgré le contexte.
- Sélectivité de l’investissement public : recentrer les dépenses sur les projets à fort effet multiplicateur – énergie, agro-industrie, logistique, habitat – afin d’optimiser l’impact de chaque franc investi.
L’ensemble vise un triple résultat : réduire la pression de financement, restaurer la crédibilité budgétaire et créer une croissance réelle tirée par les investissements productifs.
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- Le rebasing du PIB : une métrique à la hauteur de l’économie réelle
Parallèlement, le rebasing du PIB — actualisation de l’année de base pour intégrer hydrocarbures, numérique, et économie verte — permettra de mieux refléter la structure réelle de la production nationale.
L’expérience africaine montre qu’un rebasing peut gonfler mécaniquement le PIB nominal de 10 à 25 %, ramenant ainsi le ratio dette/PIB sénégalais sous la barre des 100 %.
Mais attention : ce recalibrage n’efface pas les tensions de trésorerie. Il améliore la perception du risque, à condition que la gouvernance budgétaire et la transparence soient au rendez-vous.
Les effets attendus : crédibilité, notation, et attractivité
Un PRES bien exécuté, adossé à un rebasing crédible et à un nouveau programme FMI, pourrait stabiliser la note souveraine, abaisser la prime de risque de 100 à 150 points de base, et relancer les flux d’IDE.
Les investisseurs recherchent moins le discours que la visibilité : des données fiables, des audits publiés, et une trajectoire lisible vers la norme UEMOA (déficit ≤ 3 % d’ici 2028).
Cette combinaison pourrait repositionner le Sénégal comme une référence régionale de redressement ordonné et transparent.
Un nouveau contrat macroéconomique pour 2026–2029
Le futur programme envisagé entre 2026 et 2029 devrait articuler :
Une règle de déficit maîtrisé : convergence vers ≤ 3 % du PIB à l’horizon 2028.
Une stratégie de dette soutenable : prioriser le financement domestique long terme et limiter les garanties publiques.
Une gouvernance budgétaire ouverte : publication trimestrielle des comptes et audits indépendants.
Un élargissement fiscal intelligent : digitalisation, lutte contre l’érosion, sans hausse brutale des taux.
À ces conditions, la dette publique pourrait retomber sous 85 % du PIB dès 2028–2029, tandis que la croissance réelle dépasserait les 6 %.
La patience stratégique comme nouvel instrument de puissance
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En renonçant à forcer un vote symbolique le 3 octobre, le Sénégal a privilégié la cohérence à la précipitation.
Plutôt qu’un financement d’urgence, il opte pour une reconstruction méthodique : PRES pour absorber, rebasing pour mesurer, FMI pour labelliser, et Vision 2050 pour orienter.
Dans un monde volatil, cette patience stratégique devient une force.
Ce choix marque une rupture : celle d’un pays qui ne veut plus simplement “rassurer” les bailleurs, mais se réinventer sur des bases de vérité, de discipline et de souveraineté économique.
Si la séquence est tenue — audits publiés, exécution rigoureuse, communication transparente — le Sénégal pourrait transformer une crise de confiance en un modèle de reset macroéconomique responsable, inspirant toute la zone UEMOA.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













