Sénégal : Les sols en danger, une urgence pour la souveraineté alimentaire

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Sénégal : Les sols en danger, une urgence pour la souveraineté alimentaire

Le 5 décembre a marqué la Journée mondiale des sols, une occasion pour sensibiliser à l’importance cruciale de cette ressource naturelle pour l’agriculture et l’environnement. À cette occasion, l’Institut national de pédologie (Inp) a organisé une journée portes ouvertes afin de présenter ses travaux et de mettre en lumière le rôle central de la pédologie dans la sécurité alimentaire nationale.

Cette initiative a ciblé particulièrement les étudiants et élèves, afin de les initier à l’agriculture de précision et à la science des sols, encore trop méconnue au Sénégal. Dans un contexte où le pays repose largement sur des sols poreux, l’expertise scientifique devient indispensable pour améliorer les rendements agricoles et assurer la durabilité des terres. Au-delà de la production, la protection des sols demeure vitale, car il s’agit d’une ressource non renouvelable à l’échelle humaine.

Des sols fragilisés mais essentiels à l’agriculture

Lors de la célébration, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a rappelé que « les sols constituent le premier dispositif agricole » et que leur santé conditionne directement la production alimentaire. Selon lui, « nous ne pouvons pas espérer produire au Sénégal ce que nous consommons si nous n’avons pas la bonne plateforme, et la bonne plateforme, c’est un sol sain ».

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Le ministre a également souligné que, malgré le fait que 52 % de la population active travaille dans l’agriculture, ce secteur ne contribue qu’à 9,6 % du PIB. Ce déséquilibre, imputable au changement climatique et à la dégradation des sols, rend le travail de l’Inp encore plus crucial.

Le programme prioritaire « Santé des sols » en action

Le directeur général de l’Inp, Dr Alfred Kouly Tine, a présenté les résultats alarmants d’une étude nationale menée en février 2025. Plus des deux tiers des sols agricoles sont aujourd’hui en situation critique. Dans le bassin arachidier, la matière organique chute sous la barre de 1 %, parfois même à 0,4 %. Dans certaines régions, comme le Sénégal oriental et la Casamance, le phosphore disponible descend en dessous de 5 ppm, limitant gravement la croissance des plantes. Les sols des Niayes et des zones riveraines connaissent une acidité extrême, avec un pH inférieur à 4,5. L’érosion et la salinisation progressent également dans le Ferlo, le Sine-Saloum et les deltas, aggravant la perte de terres arables. « Nos sols ne sont plus pauvres, ils sont mourants », résume Dr Tine, ajoutant que ces carences réduisent considérablement la productivité agricole.

Pour remédier à cette situation, l’Inp a lancé le programme prioritaire « Santé des sols ». En neuf mois, près de 7 000 hectares ont été cartographiés et 6 500 hectares amendés avec du chaulage pour relever le pH, du phosphate naturel pour stimuler les cultures et de la matière organique pour revitaliser la terre. Ces actions restent néanmoins insuffisantes face aux besoins estimés à 120 000 tonnes de chaux, 9,9 millions de tonnes de phosphate et 15 millions de tonnes d’amendements organiques, selon le ministre Diagne.

Une dynamique de partenariat et de formation

Grâce à la collaboration avec la Direction de l’Agriculture, l’Inp a reçu 10 000 tonnes de chaux, 10 000 tonnes de matière organique et 15 000 tonnes de phosphate naturel, ce qui a permis l’amendement de milliers d’hectares déficients. Les résultats sont encourageants : les sols traités ont vu leurs rendements augmenter de manière significative.

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Par ailleurs, des parcelles de démonstration ont été mises en place dans 66 communes et des plateformes de compostage industriel installées à Louga, Kolda et Tambacounda. Ces plateformes transforment les déchets organiques en compost de qualité en moins de 18 mois, en partenariat avec la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (Sogas).

Le programme comprend également un volet formation, avec 1 494 producteurs sensibilisés, dont 417 femmes, et 3 967 autres formés aux techniques de compostage et à la gestion des sols salinisés, en collaboration avec le Fonds Climat. Des conventions ont été signées avec des projets comme le PSR, le PDRSO, la Grande Muraille Verte et le Fonds vert, et un documentaire sur la valorisation des déchets a été diffusé sur les réseaux sociaux.

Un appel à un engagement national

Le représentant de la FAO, Ibra Sounkarou Ndiaye, a salué cette « nouvelle dynamique » et a insisté sur la nécessité de transformer rapidement les acquis scientifiques en un cadre national d’investissement, aligné sur la Vision Sénégal 2050. L’objectif est de renforcer la résilience des communautés face au changement climatique tout en améliorant la production, la nutrition, l’environnement et les moyens de subsistance.

Le ministre Diagne a pour sa part réaffirmé son soutien à l’Inp, promettant un appui matériel et financier pour consolider ces actions et pérenniser les acquis.

Face à des sols en détresse, la science et la coopération deviennent les meilleurs alliés du Sénégal pour garantir sa souveraineté alimentaire et préserver l’avenir des générations à venir.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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