Serigne Hady Touré : héritier spirituel de Mame Maodo et bâtisseur de savoir
Votre Pub ici !

Le Sénégal a toujours été un carrefour du soufisme et de l’érudition islamique. Parmi les figures marquantes, Serigne Hady Touré (1894-1979), disciple éminent de Seydi El Hadji Malick Sy (Mame Maodo), demeure un repère incontournable. Sa vie témoigne d’un équilibre rare entre spiritualité, savoir et innovation.
Aux sources de la Tijâniyya
Très jeune, Serigne Hady rejoignit Tivaouane. C’est là qu’il impressionna Mame Maodo en récitant la Fatiha cent fois avec exactitude, signe d’une mémoire exceptionnelle. Séduit par son intelligence, le maître le garda auprès de lui durant dix ans, lui ouvrant les portes des sciences islamiques et de la voie soufie.
À lire aussi : Quand le pouvoir bascule : leçons africaines d’un coup d’État de trop
Un témoignage historique rapporte que Mame Maodo lui interdit de chercher ailleurs un savoir qu’il possédait déjà :
« Il est des âmes qui sont des bibliothèques vivantes. Hady était de celles-là, et Mame Maodo sut en préserver la lumière. » — Dr Amadou Fall, Histoire intellectuelle de l’islam au Sénégal (Dakar, 2005, p. 142).
Cette formation s’inscrivait dans la dynamique plus large des foyers soufis du Sénégal colonial, où l’enseignement religieux se combinait à une résistance culturelle face aux modèles occidentaux. Comme l’explique l’historien Jean-Louis Triaud :
« Les confréries soufies en Afrique subsaharienne ont été une barrière protectrice contre l’acculturation, tout en servant de structures éducatives et sociales. » (Politique africaine, n°4, 1981, p. 13).
L’érudit multidimensionnel
De retour à Fass, Serigne Hady se distingua par une polyvalence rare :
Architecte : il dessina et fit construire la mosquée de Fass sans pilier, une prouesse architecturale.
Écrivain : il composa en arabe et en wolof, offrant aux fidèles des textes accessibles. Son guide du pèlerinage en wolof marqua une innovation pédagogique.
Agriculteur : il encouragea l’agriculture et l’élevage, convaincu que « la terre ne ment pas ».
À lire aussi : « Repaire de Racines » d’Abou Tall : Quand la poésie devient mémoire et résistance
Maître spirituel : il dirigea le daara de son père et forma une génération de disciples réputés.
Selon l’islamologue Aïcha Diop :
« En écrivant en wolof, Serigne Hady Touré a démocratisé l’accès à la science islamique, en rompant avec le monopole de l’arabe classique. » (Soufisme et société au Sénégal, Paris, 2011, p. 220).
Des liens avec les grandes figures religieuses
Serigne Hady n’était pas isolé. Il entretint des relations spirituelles et fraternelles avec Serigne Modou Moustapha Mbacké, Cheikh Ibrahima Niass, les familles de Thiénaba, les Tall, les Ndiéguène, les Sall et les Layènes. Ces alliances renforçaient son rayonnement dans le paysage confrérique sénégalais.
L’érudit Cheikh Moussa Ka rappelait d’ailleurs que :
« La force d’un guide ne réside pas seulement dans ses écrits, mais dans les réseaux de fraternité qu’il tisse. Hady Touré en fut un exemple éclatant. » (Majalis al-‘Ulama’, Saint-Louis, 1975, p. 88).
Héritage et mémoire
Aujourd’hui encore, l’héritage de Serigne Hady Touré est visible à travers :
ses écrits et poèmes, transmis dans les daaras ;
la mosquée de Fass, lieu de recueillement et de mémoire ;
la lignée de ses disciples, qui perpétuent sa méthode de rigueur et de piété.
À lire aussi : Cheikh Footstyle : du talent ignoré à l’influence mondiale dans le football
Comme l’explique le chercheur Hamidou Dia :
« Les maîtres soufis sénégalais, tels Serigne Hady, ont su conjuguer mémoire locale et universalité islamique. Ils ont ancré la foi dans la terre, tout en ouvrant le ciel. » (Soufisme et modernité en Afrique de l’Ouest, Dakar, 2018, p. 57).
Conclusion
Figure d’un islam enraciné mais ouvert, Serigne Hady Touré incarne le rôle central des guides soufis dans la préservation de la foi, l’éducation des masses et la modernisation des savoirs religieux. Héritier direct de Mame Maodo, il a su être à la fois juriste, pédagogue, bâtisseur et poète — un phare dont l’éclat continue d’illuminer les générations.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













