Soréto, village aurifère en pleine mutation

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Soréto, village aurifère en pleine mutation

Au petit matin, la lumière tamise les collines du Sénégal oriental comme un rideau qui s’ouvre sur un décor en constante réécriture. Soréto se réveille au bruit des motopompes, des marteaux et des salutations nerveuses des orpailleurs. Le village, autrefois lent comme une saison sèche, s’est mué en carrefour de fortunes fugaces et de rêves accrochés à un gramme d’or.

Un territoire pris dans la ruée

L’arrivée massive de jeunes venus de toutes les régions du Sénégal, mais aussi du Mali et de la Guinée, n’a rien d’un hasard. Les mutations observées à Soréto rappellent ce que décrivent les anthropologues Sabine Luning et Robert J. Pijpers dans leur ouvrage Mining Encounters (Berghahn Books, 2017) : les villages aurifères deviennent des « zones de recomposition sociale », où les identités se frôlent, se mélangent, parfois s’affrontent. Soréto illustre parfaitement cette transition.
Le marché a doublé, les auberges improvisées poussent comme des herbes de saison, et les conversations tournent autour des trouvailles du jour.

L’économie qui s’emballe… mais ne s’installe pas

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L’argent circule vite à Soréto. Trop vite parfois. On dépense le soir ce que l’on a trouvé le matin. Cette économie de l’instant correspond à ce que la Banque mondiale décrivait dans son rapport The Golden Practices (2019) : une dynamique financière soudaine, intense, mais fragile, où l’informel domine.
Le village bénéficie de cette agitation, mais sans filet. Les prix flambent, les loyers aussi. Les infrastructures, elles, semblent courir derrière le tempo du village sans jamais le rattraper.

Un quotidien rythmé par le risque

Derrière l’effervescence, les dangers se glissent dans les gestes quotidiens. Les puits étroits, parfois profonds de plusieurs dizaines de mètres, rappellent brutalement la frontière mince entre richesse et drame.
Les risques ne sont pas une découverte pour les organisations internationales. L’International Crisis Group notait en 2021 que les zones d’orpaillage ouest-africaines sont parmi « les espaces les plus exposés aux accidents mortels et aux conflits locaux ».
À Soréto, chacun connaît quelqu’un qui a chuté, qui s’est intoxiqué, ou qui est reparti les mains vides et le corps fatigué.

Le coût écologique d’un or rapide

Les eaux du fleuve Falémé portent désormais une part des mémoires du village. Elles recueillent aussi, hélas, les traces toxiques du mercure utilisé par les orpailleurs. Un phénomène largement documenté par Human Rights Watch dans son rapport A Poisonous Mix (2015), qui détaillait déjà les risques sanitaires liés à ce métal lourd dans les villages miniers du Sahel.
Autour de Soréto, la terre se creuse comme un livre feuilleté trop vite. Des parcelles entières perdent leurs arbres, et les bas-fonds sont transformés en carrières improvisées.

Une jeunesse entre espoir et vertige

Les jeunes de Soréto se tiennent sur une ligne de crête étroite. Certains voient dans l’or une porte de sortie. D’autres s’y perdent. Les travaux menés par l’IFAN et la Chaire UNESCO sur les mutations sociales au Sahel montrent que l’orpaillage est devenu un « horizon d’attente » pour des milliers de jeunes, un espace où se redessinent les trajectoires familiales et scolaires.
À Soréto, les journées se mesurent en grammes trouvés, en équipes formées, en rumeurs de sites plus prometteurs.

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Un village qui s’invente un futur

Soréto respire au rythme de l’or, mais regarde de plus en plus loin. Les réunions locales se multiplient pour discuter de l’avenir du territoire, de l’encadrement de l’orpaillage, ou des besoins en éducation et en santé.
Les chercheurs comme Luning le rappellent : « un village aurifère n’est jamais figé, il est en perpétuelle négociation avec son avenir ».
Ici, cette négociation se joue chaque jour, entre le bruit des pompes et les espoirs murmurés dans les cafés poussiéreux du marché.

Soréto avance, résolument, avec ses zones d’ombre et ses éclats d’or. Un village en mutation, tendu entre ce qu’il était et ce qu’il tente de devenir.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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