Souleymane Bachir Diagne : l’universel comme œuvre collective récompensé par le Prix Paris-Liège 2025
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Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne a été désigné lauréat du Prix Paris-Liège de l’Essai 2025 pour son ouvrage Universaliser. L’humanité par les moyens d’humanité (Albin Michel, 2024). Ce prix, remis par les villes de Paris et de Liège, distingue chaque année un essai original en sciences humaines alliant profondeur intellectuelle et accessibilité.
Dans Universaliser, Souleymane Bachir Diagne propose une philosophie du « décentrement », fondée sur l’idée que l’universel ne peut plus être pensé depuis un unique centre, mais doit se construire depuis la pluralité des cultures. Une idée qu’il martèle depuis plusieurs années et que le jury a tenue pour essentielle dans le contexte mondial actuel.
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Un universel à inventer depuis la pluralité
S’inscrivant dans la lignée de Léopold Sédar Senghor, Diagne affirme que l’universel doit être « une symphonie des différences », jamais une uniformisation. Comme il le formule avec force dans un entretien en 2024 :
« L’universel à inventer ensemble doit se faire depuis le pluriel du monde. »
Cette conviction traverse tout son essai, qu’il conçoit comme une contribution à un projet humain commun.
Pour Diagne, la diversité culturelle n’est pas un obstacle à l’unité ; elle en est le fondement même. Dans un échange avec Mediapart, il explique :
« Les cultures doivent conspirer ensemble pour fabriquer de l’universel. »
Le terme « conspirer », pris au sens étymologique de « respirer ensemble », dit bien l’horizon collectif qu’il défend.
L’universel comme tâche, non comme héritage
L’auteur rejette l’idée d’un universel déjà donné, auquel il faudrait revenir comme à une norme figée. Il insiste :
« Je répète que je suis pour l’universel, mais l’universel en tant qu’objectif à viser, tâche à réaliser, et non pas en tant que donné auquel il faudrait faire retour. »
Cette conception dynamique fait écho aux défis contemporains, marqués – selon ses mots – par
« un repli identitaire généralisé »
et par ce constat amer :
« L’universalisme est mort de sa belle mort. »
Mais loin d’y voir la fin d’un idéal, le philosophe y perçoit plutôt la nécessité de le refonder sur des bases nouvelles, plus inclusives.
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La traduction comme épreuve et horizon
L’une des idées les plus originales de Diagne réside dans son approche de la traduction, non pas comme outil technique, mais comme espace philosophique. Il affirme que
« l’universel s’évalue dans l’épreuve de la traduction »,
puisque traduire, c’est accepter la rencontre, l’altérité, la transformation mutuelle.
Dans cet esprit, Universaliser se présente comme une méthode et une posture : un appel à « traduire le monde » plutôt qu’à prétendre le dominer par une langue ou une culture unique.
Une distinction qui célèbre un parcours intellectuel majeur
La cérémonie de remise du prix aura lieu le 20 novembre à la librairie PAX, à Liège, et sera suivie d’une rencontre avec l’auteur. La récompense est dotée de 10 000 euros (environ six millions de francs CFA).
Cette distinction vient couronner l’œuvre d’un penseur dont l’envergure dépasse largement les frontières du Sénégal. Ancien élève de l’École Normale Supérieure, ancien conseiller du président Abdou Diouf, professeur à l’Université Columbia à New York, Souleymane Bachir Diagne est reconnu internationalement pour ses travaux sur la philosophie islamique, la logique, l’histoire des sciences et les pensées africaines.
Ses ouvrages – parmi lesquels En quête d’Afriques (2018) et Langue à langue (2022) – explorent inlassablement les voies de passage entre les mondes, les cultures et les langues. Son dernier essai poursuit cette quête avec une clarté et une élégance intellectuelle unanimement saluées.
Un message pour notre temps
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À l’heure où les identitarismes s’exacerbent et où les frontières symboliques se durcissent, le message de Souleymane Bachir Diagne apparaît comme un antidote précieux. En citant Senghor –
« L’orgueil d’être différent ne doit pas empêcher le bonheur d’être ensemble » –
Diagne affirme que la diversité n’est pas une menace mais une richesse, et que l’universel restera une œuvre humaine à condition de l’écrire à plusieurs mains.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













