Sous les pavés, les livres : la renaissance silencieuse des librairies « par terre »
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Quand la rue devient bibliothèque
En ce mois d’octobre placé sous le signe du livre et de la lecture, le Sénégal célèbre à la fois le Salon du livre féminin et le 1er Forum national du livre et de la lecture. Deux initiatives qui interrogent notre rapport au savoir, à la lecture et à la souveraineté culturelle.
Mais pendant que les grandes institutions débattent, un autre visage du livre, plus humble mais tout aussi vital, continue de s’épanouir dans les rues : celui des librairies “par terre”, ces étals improvisés où la culture circule à ciel ouvert.
Un patrimoine du quotidien
Dans ces espaces modestes de Colobane, Sandaga, ou devant l’immeuble Kébé à Dakar, se joue un spectacle discret : celui d’un peuple qui lit malgré tout.
Le sociologue Abdoulaye-Bara Diop y voit « des lieux de transactions culturelles où se négocie la mémoire du peuple » (Sociétés africaines et modernité, Karthala, 1992, p. 187).
Chaque rentrée, les parents viennent y troquer ou acheter des manuels d’occasion pour leurs enfants. Les collégiens, eux, y découvrent souvent leur premier roman, leur premier contact avec l’imaginaire.
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🕮 « Le livre, même usé, n’est jamais pauvre ; c’est l’esprit qui se dérobe qui appauvrit la société », confie Imam chroniqueur Babacar Diop.
« Ces librairies du trottoir sont la preuve que la connaissance survit, même quand les institutions s’essoufflent. »
Les brocanteurs du savoir : gardiens d’une mémoire populaire
Les librairies « par terre » sont de véritables sanctuaires de raretés. On y trouve des éditions originales, des classiques de la littérature africaine, parfois dédicacés ou épuisés depuis longtemps.
L’écrivain Antoine Guillot le disait ironiquement : « Le livre volé porte plus de vérités qu’un livre acheté. »
Une manière de souligner que la lecture, ici, s’arrache à la vie elle-même.
Pour Achille Mbembe, « la rue africaine est une scène où se joue le devenir du peuple ; elle invente des formes de circulation du savoir qui échappent aux institutions » (Sortir de la grande nuit, La Découverte, 2010, p. 66).
Ces marchés de livres d’occasion incarnent cette autonomie culturelle, faite d’initiative et de survie intellectuelle.
« Dans ces étals poussiéreux, on respire encore le souffle d’Aimé Césaire, de Hampâté Bâ ou de Cheikh Anta Diop. Ce n’est pas un marché, c’est un sanctuaire de papier », écrit Imam chroniqueur Babacar Diop.
Le paradoxe du livre africain
Le Sénégal compte aujourd’hui une soixantaine d’éditeurs, mais le paradoxe demeure : le livre existe, le lecteur manque.
Les ouvrages coûtent cher, les stocks sont limités, et la piraterie prospère.
L’économiste et écrivain Felwine Sarr rappelle pourtant que « la lecture n’est pas un luxe intellectuel mais une urgence sociale » (Afrotopia, Philippe Rey, 2016, p. 119).
Les librairies de rue comblent ce vide en démocratisant l’accès au savoir.
Le chercheur Papa Samba Diop l’analyse avec justesse : « Ces espaces populaires reconstituent un capital culturel souvent ignoré par les politiques publiques » (Le livre africain face au défi de la globalisation, L’Harmattan, 2008, p. 45).
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« Le livre qu’on achète au soleil brûlant a plus de lumière que celui qu’on achète sous néon », soutient Imam chroniqueur Babacar Diop.
« Il porte la trace du peuple, la sueur de l’effort et la dignité du savoir partagé. »
Colobane, Kébé, Plateau : les temples discrets du savoir libre
Le long du trajet de Colobane, les voitures klaxonnent, la poussière se soulève, et les lecteurs fouillent avec passion.
Le décor est plus calme à Dakar-Plateau, où quelques kiosques résistent encore, témoins d’un âge d’or du livre urbain.
Le critique Jean-Marc Moura souligne d’ailleurs que « l’intermédiaire du livre, même informel, participe de la construction de la mémoire collective » (La littérature postcoloniale, PUF, 1999, p. 72).
« Ces vendeurs de fortune sont des passeurs de culture. Ils ne savent peut-être pas ce qu’ils offrent, mais ils transmettent la lumière sans s’en rendre compte », médite Imam chroniqueur Babacar Diop.
« Chacun d’eux est un enseignant debout sur le trottoir de la République. »
Le livre, acte de résistance et de foi
Les librairies « par terre » incarnent une forme de résistance à la pauvreté culturelle.
Comme le disait Cheikh Anta Diop : « Le livre n’a pas de prix, car il est le ferment de la liberté » (Civilisation ou barbarie, Présence Africaine, 1981, p. 23).
Et Amadou Hampâté Bâ nous rappelait : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Mais dans ces marchés populaires, chaque livre qui passe de main en main devient une bibliothèque qui renaît.
« Un peuple qui lit devient plus difficile à tromper et plus apte à se libérer », enseigne Imam chroniqueur Babacar Diop.
« La lecture n’est pas seulement un acte intellectuel : c’est un acte de foi, une prière silencieuse de l’esprit. »
Conclusion : le trottoir comme université populaire
Le Sénégal cherche encore ses lecteurs, mais il les a peut-être déjà trouvés — là, entre la poussière de Colobane et les rayons vacillants du Plateau.
Ces librairies à ciel ouvert rappellent que le livre n’a besoin ni de murs ni de titres pour exister.
Elles prouvent que la culture vit encore, portée par des mains calleuses, des yeux curieux et des cœurs fidèles.
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« La vraie souveraineté commence quand le peuple lit. Le livre n’est pas un luxe, c’est une arme douce pour libérer la conscience », conclut Imam chroniqueur Babacar Diop.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













