Stationnement et mobilité à Dakar : un chaos urbain qui appelle une refondation
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À Dakar, la saturation des parkings illustre les limites d’une urbanisation accélérée, souvent improvisée, et révèle les failles d’une gouvernance fragmentée. Entre déficit de planification, pratiques informelles et absence de coordination entre acteurs, la capitale sénégalaise vit une crise du stationnement qui dégrade non seulement la circulation et l’économie, mais aussi la qualité de vie des citadins.
Un diagnostic alarmant
Pour l’urbaniste sénégalais Omar Ba, « le problème du stationnement à Dakar est l’aboutissement de plusieurs dynamiques cumulées ». La ville, qui concentre près de 3,6 millions d’habitants, doit composer avec une motorisation rapide, l’exiguïté de la presqu’île et une offre de voirie limitée. Résultat : les trottoirs, au lieu d’être réservés aux piétons, deviennent des parkings improvisés.
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Cette situation rejoint le constat de Mohamed Mezghani, secrétaire général de l’Union internationale des transports publics (UITP), selon qui « l’absence de politiques intégrées de mobilité transforme les villes africaines en lieux de congestion permanente » (UITP Report on African Cities, 2022, p. 47).
Les conséquences sont multiples : embouteillages chroniques, pertes économiques liées aux retards de livraison et baisse de l’attractivité commerciale de certains quartiers. Comme le rappelle Jean-Marc Offner, spécialiste français des questions urbaines, « la mobilité urbaine ne se réduit pas au transport : elle conditionne la vitalité économique et sociale des territoires » (Anachronismes urbains, 2020, p. 112).
Les limites de la gouvernance
Au-delà des infrastructures, la question de la gouvernance demeure centrale. Les responsabilités, partagées entre municipalités, État et opérateurs privés, manquent de cohérence. Le professeur Mohamadou Mountaga Diallo, géographe à l’UCAD, notait récemment que « l’urbanisme dakarois reste fragmenté, soumis à des logiques de projets ponctuels plutôt qu’à une planification d’ensemble » (Aménagement et mobilités au Sénégal, 2021, p. 65).
Le stationnement sauvage, la faible qualité des rares services municipaux et le manque de contrôle renforcent la perception d’une gestion approximative.
Des solutions possibles
Pour Omar Ba, des solutions existent : tarification différenciée du stationnement selon les zones, limitation des durées de parcage, facilités de paiement numérique et renforcement du contrôle par des agents formés. À plus long terme, il appelle à une articulation forte entre urbanisme, mobilité et gestion de la voirie, en misant sur les parkings relais et les partenariats public-privé.
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L’expert marocain Mehdi Lahlou, spécialiste des transports, abonde dans ce sens : « On ne résoudra jamais la question du stationnement sans une politique cohérente de mobilité, intégrant transports collectifs, stationnements structurés et incitations économiques » (Mobilité et urbanisation en Afrique du Nord et de l’Ouest, 2023, p. 93).
Une question de civilisation urbaine
Au-delà du technique, c’est aussi une question de mentalités. Comme le souligne Imam chroniqueur Babacar Diop :
« Le stationnement anarchique traduit souvent une mentalité du court terme, où l’individu privilégie sa commodité au détriment du bien commun. Or, notre foi comme notre citoyenneté nous rappellent que l’espace public est un dépôt confié par Dieu et par la société. L’occuper abusivement, c’est une forme d’injustice collective. »
Il ajoute :
« Dans le Coran, Dieu dit : ‘Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée’ (Sourate Al-A‘raf, 7:56). Or, l’urbanisme mal géré, qui transforme nos rues en chaos permanent, est une forme de désordre qui nuit à tous. Il est de notre responsabilité morale et civique de penser Dakar autrement, avec discipline et respect du bien commun. »
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Conclusion
La crise du stationnement à Dakar ne relève pas seulement d’une question d’infrastructures. Elle met en jeu la gouvernance, l’équité sociale, la qualité de vie et même la vision que nous avons de la ville de demain. Repenser la mobilité urbaine, c’est donc bâtir une nouvelle civilisation urbaine, respectueuse des citoyens comme de l’espace partagé.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













