Tabac au Sénégal : un pas en avant, mais un combat inachevé
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
L’Assemblée nationale a adopté une loi renforçant la taxation du tabac. Si cette avancée est saluée comme une victoire par le Dr Abdou Aziz Kassé, pionnier de la lutte antitabac, elle ne marque pas la fin du combat. Car l’industrie du tabac, toujours inventive, menace désormais avec de nouveaux produits qui séduisent la jeunesse.
Un pas important pour la santé publique
Le Dr Abdou Aziz Kassé, engagé depuis 1975 dans la lutte contre le tabac, a exprimé sa satisfaction après l’adoption de cette loi. Pour lui, « c’est un grand pas vers la protection de la santé des populations ». La fiscalité, en rendant les cigarettes moins accessibles, constitue en effet un levier puissant pour réduire la consommation et décourager l’initiation des plus jeunes.
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Mais cette victoire n’est qu’une étape. L’industrie du tabac, loin de reculer, déploie de nouvelles stratégies. Ses armes ? Les cigarettes électroniques jetables, appelées « pufs », qui gagnent du terrain dans les écoles et les quartiers.
Une jeunesse en ligne de mire
Les études sont claires. Le manuel Jeunes et tabac rappelle :
« L’adolescence constitue pour la quasi-totalité des fumeurs actifs la période d’entrée dans le tabagisme : la dépendance s’installe très rapidement, souvent moins d’un an après l’initiation » (Respadd, 2018, p. 12).
La Force-tâche canadienne sur la santé préventive ajoute :
« Un enfant qui commence à fumer est moins susceptible d’arrêter plus tard dans la vie » (Tabagisme chez les enfants et adolescents, 2017, p. 3).
Ces constats doivent nous alerter : les « pufs » ne sont pas une alternative anodine. Ils sont une porte d’entrée vers l’addiction.
La taxation, un outil efficace mais insuffisant
L’OMS souligne que :
« La lutte antitabac doit continuer de s’attacher à réduire la consommation et résister aux distractions créées par l’industrie » (Rapport 2021 sur l’épidémie mondiale de tabac, p. 7).
De même, l’ouvrage La Lutte contre le tabagisme en Afrique insiste :
« Malgré des ressources limitées, la taxation et l’interdiction de publicité produisent des effets tangibles, à condition d’une coordination des acteurs » (CRDI, 2005, p. 45).
En d’autres termes, la loi sénégalaise est une étape cruciale, mais elle doit s’accompagner de campagnes d’éducation, d’une vigilance face aux nouveaux produits et d’un engagement social collectif.
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Une responsabilité morale et spirituelle
Au-delà de la santé publique, cette lutte interpelle notre conscience morale et spirituelle. Le Coran met en garde :
« Ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction » (Sourate Al-Baqara, 2:195).
Ibn al-Qayyim, dans Zad al-Ma’ad (vol. 4, p. 276), écrivait :
« Tout ce qui nuit au corps, à l’âme ou à la raison doit être évité, car la loi islamique est fondée sur la préservation de ces trois piliers. »
Fumer, c’est détruire le corps, appauvrir la famille et affaiblir la société. Combattre le tabac devient alors un acte de foi, une mission collective.
Conclusion
Oui, la nouvelle loi est une victoire. Mais le combat n’est pas terminé. Il se joue désormais dans nos foyers, nos écoles et nos lieux de culte. La taxation seule ne suffira pas : il faut sensibiliser, encadrer et protéger notre jeunesse des pièges modernes de l’industrie du tabac.
Le Sénégal a montré qu’il pouvait avancer. Il lui reste à persévérer pour que chaque pas vers la santé publique soit consolidé et non effacé par de nouvelles dépendances.
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Imam chroniqueur
Babacar Diop













