Thiès en émoi : la destruction de la fresque de Papa Ibra Tall relance le débat national sur la sauvegarde du patrimoine artistique

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Thiès en émoi : la destruction de la fresque de Papa Ibra Tall relance le débat national sur la sauvegarde du patrimoine artistique

La destruction récente de la fresque murale conçue en 1973 par le maître Papa Ibra Tall à la Place de France de Thiès a profondément choqué l’opinion publique sénégalaise et relancé un débat crucial sur la protection du patrimoine culturel national. L’événement n’est plus perçu seulement comme une polémique locale, mais comme un signal d’alarme sur la vulnérabilité des œuvres d’art public au Sénégal.

Un héritage artistique de portée internationale

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Papa Ibra Tall (1935–2015) est unanimement reconnu comme l’un des pionniers les plus influents de l’art moderne sénégalais et africain. Sa carrière, marquée par une quête d’authenticité esthétique fondée sur les principes de la Négritude, l’a conduit à fonder l’École de Dakar et à jouer un rôle central dans la structuration de l’art visuel post‑indépendance au Sénégal.


Wikipédia
Selon le critique d’art Babacar Mbaye Diop, Tall était « un artiste exigeant et audacieux, doté d’une maîtrise parfaite de sa technique, influencée par ses origines religieuses et culturelles ainsi que par ses fréquentations intellectuelles ». Il affirme que Tall fut non seulement « le maître du trait », mais aussi « le maître de la couleur, de la composition et de la technique artistique ».


Le Quotidien : Un langage artistique unique et conscient

Les spécialistes soulignent que Papa Ibra Tall cherchait à créer une langue visuelle propre, ancrée dans le contexte sénégalais et panafricain. Comme l’a exprimé l’artiste lui‑même lors de réflexions sur sa démarche :
« C’était une question de créer, pour moi, un langage artistique qui me semblait appartenir à l’Afrique et au Sénégal… pas seulement une décoration, mais une langue de formes visuelles qui me définissait pour moi‑même. »
Sothebys.com
Ce souci d’authenticité africaine, mêlé à des influences internationales, a contribué à faire de ses œuvres — notamment ses tapisseries — des pièces majeures de l’histoire de l’art moderne africain, exposées dans des collections prestigieuses et analysées par des chercheurs du monde entier.


The Metropolitan Museum of Art

Une fresque emblématique, symbole de mémoire culturelle

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La fresque de la Place de France à Thiès, réalisée à la même époque que certaines de ses tapisseries les plus célèbres, incarnait cette esthétique résolument ancrée dans la modernité africaine. Elle représentait, pour beaucoup, non seulement un repère artistique, mais un témoignage de l’identité culturelle sénégalaise d’après‑indépendance.


Seneweb
L’acte de destruction a provoqué une réaction ferme des autorités culturelles : le ministre de la Culture, Amadou Ba, a qualifié cet événement d’« atteinte grave au patrimoine artistique national », rappelant que toute intervention sur une œuvre d’art en espace public doit être faite « dans le strict respect des lois en vigueur » et en concertation avec les services compétents.
Seneweb

Une mobilisation et des mesures en perspective

Au‑delà des réactions émotionnelles, cet incident a déclenché une série de démarches institutionnelles et citoyennes :
Plainte déposée auprès du procureur de Thiès pour destruction du patrimoine,
Mission d’enquête dépêchée par le ministère de la Culture,
Annonces de réformes pour améliorer la protection des œuvres d’art public avec, notamment, l’idée d’un répertoire national exhaustif du patrimoine, ainsi que des dispositifs spécialisés pour sa surveillance et sa conservation.
RTS Officiel

Un tournant pour la protection patrimoniale

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L’affaire ne se limite plus à une œuvre particulière : elle soulève des questions profondes sur la valorisation, l’inventaire et la préservation des œuvres d’art sénégalaises, souvent méconnues malgré leur importance culturelle. Comme l’a souligné le ministre, « l’œuvre de Papa Ibra Tall est monumentale, mais elle demeure inconnue ou méconnue, comme beaucoup d’autres ».
RTS Officiel
Alors que la possibilité de reconstruire la fresque à l’identique sous contrôle des héritiers et des institutions compétentes est désormais évoquée, cette crise est aussi une opportunité de repenser la politique patrimoniale du pays — entre modernisation urbaine et sauvegarde des héritages artistiques.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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