TikTok, Gaza et liberté d’informer : la journaliste palestinienne Bisan Owda bannie dans un contexte politique explosif
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La suppression définitive du compte TikTok de la journaliste palestinienne Bisan Owda, suivie par plus d’un million d’abonnés, intervient quelques jours après un changement majeur dans la gouvernance de la plateforme aux États-Unis. Une coïncidence de calendrier qui alimente les interrogations sur l’indépendance des réseaux sociaux face aux pressions politiques liées au conflit à Gaza.
La voix de Bisan Owda s’est brusquement tue sur TikTok. La journaliste palestinienne, devenue l’un des visages les plus suivis de la couverture du conflit à Gaza sur les réseaux sociaux, a confirmé mercredi la suppression définitive de son compte, suivi par près de 1,4 million de personnes. Une décision qu’elle qualifie de brutale, après quatre années de publications documentant le quotidien de l’enclave palestinienne.
Lauréate d’un Emmy Award pour son travail journalistique, Bisan Owda s’attendait, dit-elle, à de nouvelles restrictions temporaires, comme celles déjà subies par le passé. « Je pensais que mon compte serait encore limité. Je ne m’attendais pas à un bannissement définitif », a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur ses autres plateformes.
Un bannissement sur fond de recomposition stratégique de TikTok
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Selon des informations relayées par Al Jazeera, cette suppression intervient dans un contexte particulièrement sensible pour TikTok. La plateforme a récemment finalisé un accord aboutissant à la création d’une entité distincte aux États-Unis, désormais contrôlée par un consortium d’investisseurs américains. Parmi eux figureraient des acteurs proches de l’ancien président Donald Trump, dans un environnement politique où TikTok est depuis plusieurs années au cœur de débats sur la sécurité nationale et l’influence étrangère.
Cette recomposition du capital et de la gouvernance américaine de TikTok suscite des inquiétudes croissantes quant à l’évolution de ses politiques de modération, notamment sur les contenus liés aux conflits internationaux.
Discours politique et bataille de l’opinion numérique
Bisan Owda établit un lien direct entre son bannissement et ce nouveau contexte. Elle rappelle les déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en septembre dernier à New York, lors d’une rencontre avec des influenceurs. Ce dernier avait alors qualifié les réseaux sociaux de « champ de bataille stratégique », appelant explicitement à un contrôle accru des plateformes, et se félicitant de la perspective d’un changement de propriétaires de TikTok.
Dans le même temps, la direction américaine de l’application a récemment durci certaines règles de modération. Le PDG de TikTok US, Adam Presser, a indiqué que l’usage du terme « sioniste » pouvait désormais être assimilé à un discours de haine, une évolution qui restreint fortement l’espace d’expression des journalistes et créateurs traitant du conflit israélo-palestinien.
Une censure numérique qui s’ajoute aux dangers du terrain
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À ce stade, toute recherche du compte officiel de Bisan Owda sur TikTok renvoie à un message indiquant que le contenu est indisponible. La dernière vidéo visible sous un compte homonyme remonte à septembre 2025, sans garantie d’authenticité.
Cette disparition numérique s’inscrit dans un contexte plus large de pression extrême sur la presse à Gaza. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), au moins 207 journalistes et travailleurs des médias ont été tués dans la bande de Gaza depuis octobre 2023, faisant de ce conflit l’un des plus meurtriers pour la profession.
Au-delà du cas individuel de Bisan Owda, cet épisode relance un débat central : celui du rôle des plateformes numériques dans la circulation de l’information en temps de guerre, et de leur capacité – ou non – à résister aux injonctions politiques lorsqu’elles deviennent des acteurs clés de l’opinion mondiale.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













