Travail, dignité et République : plaidoyer contre l’instrumentalisation politique de l’emploi
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Au Sénégal, le travail n’est pas seulement une activité économique. Il est un socle de dignité, un rempart contre la précarité et un facteur de stabilité sociale. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer des pratiques inquiétantes : licenciements abusifs, mises à l’écart ciblées, pressions politiques et favoritisme dans certaines structures publiques et parapubliques.
Ces dérives, si elles sont avérées, posent une question centrale : peut-on construire une République forte en fragilisant le travailleur ?
Le travail, un droit humain et un principe républicain
Dans un État de droit, l’emploi ne saurait être conditionné à une appartenance politique. La compétence ne peut être supplantée par l’allégeance. Comme le rappelle le philosophe politique John Rawls, « une société juste est celle où les institutions garantissent à chacun des chances équitables ».
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Cette exigence de justice trouve un écho profond dans l’islam. Le Coran affirme sans ambiguïté :
« Ô vous qui croyez ! Soyez stricts dans l’équité, témoins pour Allah, même contre vous-mêmes »
(Sourate An-Nisâ, 4:135)
L’équité n’est donc ni négociable ni circonstancielle. Elle s’impose, y compris — et surtout — lorsque le pouvoir est en jeu.
« Le travailleur ne doit pas son pain à un parti, mais à son effort et à sa compétence. Lui demander une loyauté politique en échange de sa subsistance est une forme de domination morale. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop
Neutralité professionnelle et morale islamique
Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) mettait en garde contre toute injustice dans la gestion des responsabilités :
« Allah a rendu illicite l’injustice envers Lui-même et envers Ses serviteurs. Ne vous opprimez donc pas les uns les autres »
(Hadith rapporté par Muslim)
Conditionner l’embauche, la promotion ou le maintien d’un travail à une proximité politique relève d’une oppression silencieuse, car elle prive le citoyen de son droit le plus élémentaire : vivre dignement de son travail.
Le penseur musulman contemporain Tariq Ramadan souligne d’ailleurs :
« L’éthique islamique impose que le pouvoir protège les faibles et non qu’il les instrumentalise. »
(Radical Reform)
Une menace pour la cohésion nationale
Au-delà des individus, c’est la paix sociale qui est menacée. Le sociologue sénégalais Felwine Sarr avertit que l’humiliation sociale répétée engendre frustration, colère et rupture du lien civique.
L’islam, lui, place la protection des moyens de subsistance parmi les objectifs majeurs de la loi (maqāṣid al-sharī‘a). Préserver la dignité économique du citoyen, c’est préserver la société tout entière.
« Un État qui gouverne par la peur dans les lieux de travail prépare des lendemains instables, car la dignité piétinée finit toujours par réclamer justice. »
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— Imam chroniqueur Babacar Diop
Interpellation des institutions
Face à ces signaux préoccupants, l’interpellation est claire :
Aux responsables d’institutions : gouverner, c’est servir, non se servir ;
À l’Inspection du Travail : garantir l’application stricte des lois sociales ;
À la Justice : protéger les victimes et rappeler que nul n’est au-dessus du droit ;
À l’État : assurer une administration neutre, républicaine et équitable.
Le calife ‘Umar ibn al-Khattab (qu’Allah l’agrée) résumait cette exigence en ces termes :
« Depuis quand as-tu réduit les gens en esclavage alors que leurs mères les ont enfantés libres ? »
Une ligne rouge à ne pas franchir
Le Sénégal n’est ni une propriété partisane ni un butin électoral. La République ne se consolide pas par l’exclusion, mais par la justice. Le travailleur sénégalais n’est pas une variable politique.
Le travail est un droit,
un devoir,
et une dignité.
« Quand le travail est respecté, la Nation respire. Quand il est instrumentalisé, la République s’essouffle. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop
Imam chroniqueur Babacar Diop













