Tribunal interdiocésain de Thiès : justice ecclésiastique au service de la foi et du consentement
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Peu visible aux yeux du grand public, le Tribunal interdiocésain de Thiès joue un rôle essentiel dans la régulation de la vie spirituelle et matrimoniale des catholiques du Sénégal. Il traite notamment les cas d’annulation de mariage, les contentieux liés aux prêtres, et même l’invalidité de certaines ordinations. Derrière ces décisions se cache une juridiction rigoureuse et empreinte de compassion, fondée sur le droit canonique.
Une juridiction de foi et de conscience
Dirigée par des prêtres formés en droit canonique, cette instance couvre les sept diocèses du pays. L’Abbé Tobie Oscar Badiane, vice-président du tribunal, explique que l’essentiel du travail tourne autour des causes matrimoniales. En moyenne, 16 à 20 dossiers sont traités chaque année. Il s’agit le plus souvent de couples unis religieusement mais séparés civilement, sollicitant une reconnaissance canonique de nullité. « Nous déclarons l’invalidité du mariage si le consentement initial était vicié », précise-t-il.
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Ce point de droit repose sur le canon 1095 du Code de droit canonique, qui stipule que « sont incapables de contracter mariage ceux qui, au moment de l’échange des consentements, souffraient d’un défaut de discernement ou de liberté intérieure ». En effet, des facteurs comme la peur grave, la pression familiale, la tromperie ou encore l’immaturité psychologique peuvent rendre un mariage invalide aux yeux de l’Église.
Le consentement, clé de voûte de la validité
Le consentement libre et éclairé est au cœur de la procédure. Comme le souligne le théologien français Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran :
« Le mariage chrétien n’est pas un contrat rigide, mais un engagement profond entre deux libertés qui se donnent mutuellement »
(La Justice et l’Évangile, Cerf, 2012, p. 98).
La procédure démarre par une requête écrite, accompagnée de pièces justificatives comme l’extrait de baptême, le jugement civil de divorce, ou des certificats médicaux. L’affaire est confiée à un juge-instructeur qui auditionne séparément les deux conjoints et les témoins.
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Une justice pastorale et humaine
Loin d’une logique punitive, la justice ecclésiastique cherche avant tout à préserver les personnes. Le professeur Charles Lefebvre, canoniste à l’Institut Catholique de Paris, affirme :
« L’objectif de l’Église n’est pas de condamner, mais de discerner la vérité dans la miséricorde »
(Traité de droit canonique matrimonial, DDB, 2014, p. 213).
D’ailleurs, l’Abbé Badiane insiste : « La première démarche est de favoriser la réconciliation. L’annulation n’est envisagée qu’en dernier recours, lorsque tout dialogue est rompu ». Lorsque la nullité est prononcée, les intéressés peuvent se remarier à l’église, sous réserve que la sentence soit notifiée à leur curé. Le but reste leur réintégration pastorale et spirituelle dans la communauté.
Un tribunal aux multiples compétences
Si les affaires matrimoniales prédominent, le tribunal traite aussi des contentieux liés à des sanctions pénales ecclésiastiques, y compris à l’encontre de prêtres. Il peut aussi se prononcer sur l’invalidité d’une ordination. « Un prêtre ordonné sans discernement adéquat ou sous contrainte peut être déclaré invalidement ordonné », explique l’Abbé Badiane.
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Le droit canonique prévoit une véritable justice pénale, avec des peines pouvant aller jusqu’à la réduction à l’état laïc. Comme le rappelle Mgr Luis Ladaria, préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi :
« L’Église ne peut tolérer l’injustice, même en son sein. La miséricorde n’exclut pas la justice »
(Interview Vatican News, avril 2020).
Une procédure exclusivement écrite mais active
La procédure est essentiellement écrite : chaque partie rédige ses arguments, joint les pièces et reçoit convocation. Le tribunal fonctionne de manière continue. Le président, basé à Kaolack, assure une permanence à Thiès deux fois par mois, tandis que l’Abbé Badiane y est présent deux fois par semaine.
En cas de désaccord, les décisions peuvent faire l’objet d’un appel auprès du Tribunal interdiocésain d’Abidjan, cour de deuxième instance pour la sous-région.
Justice et spiritualité : un équilibre délicat
Le Tribunal interdiocésain de Thiès incarne ainsi un équilibre subtil entre rigueur juridique et charité pastorale. Il répond à une exigence spirituelle profonde : offrir aux fidèles une justice ancrée dans la foi. Comme le résume le pape François dans Amoris Laetitia :
« L’Église doit accueillir avec miséricorde ceux dont le mariage a échoué, sans jamais fermer les portes de la grâce »
(Amoris Laetitia, n° 305).
Dans une société sénégalaise pluriconfessionnelle et attachée aux valeurs religieuses, cette juridiction demeure une instance discrète mais fondamentale dans l’accompagnement des parcours de foi.
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Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













