Trump, Maduro et le pétrole : quand la force menace l’équilibre du monde
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Parler aujourd’hui d’une possible capture de Nicolás Maduro comme d’un simple levier politique relève d’une dangereuse illusion. Ce qui se joue derrière cette hypothèse, agitée dans certains cercles proches de Donald Trump, dépasse largement le cadre vénézuélien. Il s’agit, une fois encore, d’un vieux scénario que l’histoire connaît trop bien : celui où le pétrole devient le prétexte d’une aventure géopolitique aux conséquences incalculables.
Le Venezuela n’est pas un État quelconque. Il détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, un fait que rappelle régulièrement l’Agence internationale de l’énergie. Or, comme le souligne le politologue américain Michael Klare, spécialiste des conflits liés aux ressources naturelles :
« Là où se trouvent les grandes réserves d’énergie, la tentation de l’ingérence stratégique devient presque systématique »
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(Resource Wars, Henry Holt & Company).
Présenter la capture d’un chef d’État en exercice comme une solution rapide à une crise interne est non seulement juridiquement contestable, mais politiquement explosif. Noam Chomsky avertissait déjà que :
« Les interventions justifiées au nom de la démocratie dissimulent souvent des intérêts économiques que l’on préfère taire »
(Hegemony or Survival, Metropolitan Books).
Une bombe régionale à retardement
Une telle opération constituerait une violation flagrante du droit international, fondé sur le principe de souveraineté des États. Pour Martti Koskenniemi, ancien juge à la Cour internationale de Justice :
« L’affaiblissement du droit international commence toujours lorsque la puissance se substitue à la norme »
(The Gentle Civilizer of Nations, Cambridge University Press).
Sur le terrain, les conséquences seraient immédiates : guerre civile prolongée, fragmentation du pouvoir, extension de l’instabilité vers la Colombie, le Brésil et les Caraïbes, sans oublier une nouvelle vague de migrations massives. La chercheuse Cynthia Arnson, du Wilson Center, note à ce sujet :
« Le Venezuela est déjà une crise régionale ; toute intervention militaire la transformerait en crise continentale ».
Le pétrole comme détonateur mondial
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À l’échelle globale, le risque est encore plus préoccupant. La Russie et la Chine, fortement engagées économiquement et stratégiquement au Venezuela, ne resteraient pas spectatrices. Comme l’explique John Mearsheimer, théoricien du réalisme offensif :
« Dans un monde multipolaire, toute intervention unilatérale majeure crée mécaniquement des réactions de puissance »
(The Tragedy of Great Power Politics, Norton).
Le pétrole, dans ce contexte, cesse d’être une ressource pour devenir un facteur de confrontation indirecte, susceptible de déséquilibrer les marchés mondiaux et d’alimenter des tensions entre grandes puissances.
Freiner Trump, défendre le droit
Refuser cette logique ne signifie nullement absoudre Maduro de ses responsabilités politiques. Cela signifie, comme le rappelle Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français :
« On ne répare pas une crise politique par la force sans créer un désordre plus grand encore »
(Le Pouvoir de dire non, Grasset).
Freiner Donald Trump, c’est donc défendre une vision du monde où la diplomatie prime sur le coup de force, où les ressources naturelles ne justifient pas l’ingérence, et où les peuples ne servent pas de monnaie d’échange géopolitique.
L’histoire l’a démontré à maintes reprises : chaque fois que le pétrole dicte la guerre, ce sont les civils qui en paient le prix. La capture de Nicolás Maduro ne serait pas une solution, mais un signal d’alarme majeur.
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Il est encore temps pour la communauté internationale d’opter pour la retenue : convocations dans les enceintes multilatérales, pressions diplomatiques, isolement politique ciblé. Comme le résume le chercheur Bertrand Badie :
« La paix ne naît pas de l’humiliation d’un État, mais de l’inclusion politique et du respect des règles communes »
(L’Hégémonie contestée, Odile Jacob).
Choisir le droit plutôt que la force, voilà le véritable enjeu.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













