Vieillir seul en Occident : quand le silence tue et que l’Afrique rappelle le devoir de mémoire
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Ce n’est pas seulement un court-métrage, mais un véritable cri d’alarme social. Avec Ne m’abandonne pas, le réalisateur français d’origine africaine Chris Niamke interroge frontalement la place réservée aux personnes âgées dans les sociétés occidentales. À travers une fiction inspirée de faits réels, il met en lumière une réalité dérangeante : l’isolement social des aînés peut devenir un facteur accélérateur de la mort.
Le film suit le quotidien de Marcel, un vieil homme vivant seul, suspendu à l’attente d’une hypothétique place en maison de retraite. Ses journées se ressemblent, rythmées par le silence, l’absence et l’éloignement des siens. Une solitude profonde qui symbolise la rupture progressive des liens familiaux, devenue presque banale dans certaines sociétés modernes.
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La scène centrale du film, d’une sobriété bouleversante, condense toute la portée du message. Marcel s’éteint en écoutant un message vocal de son fils et de sa petite-fille, lui promettant une visite prochaine. « Il meurt en écoutant l’espoir », résume Chris Niamke. Une phrase lourde de sens, qui renvoie à un constat implacable : des personnes âgées dépendantes meurent plus vite parce qu’elles ne sont plus visitées.
À travers ce récit intime, le réalisateur confronte deux visions du monde. D’un côté, un modèle occidental marqué par l’individualisme, la course contre le temps et la délégation de la vieillesse aux institutions. De l’autre, les valeurs africaines, où la prise en charge des parents âgés par les enfants demeure une norme morale, presque sacrée. Pour Chris Niamke, il s’agit d’un héritage éducatif, d’un « flambeau » transmis de génération en génération, aujourd’hui menacé par l’érosion des repères traditionnels.
Le film ne se limite pas à une critique du cercle familial. Il rend également hommage aux auxiliaires de vie, souvent prisonniers de contraintes économiques et de plannings minutés. Leur humanité, bien réelle, se heurte à une logique de rentabilité qui laisse peu de place à l’écoute et à la présence. Écrit avec l’appui de professionnels du secteur, le scénario dévoile une souffrance partagée : celle des soignants comme celle des personnes âgées qu’ils accompagnent.
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Depuis sa diffusion, Ne m’abandonne pas a dépassé le cadre de la fiction. Le réalisateur affirme avoir reçu des milliers de témoignages évoquant des réconciliations familiales, des visites reprises après des années de distance, et une prise de conscience collective sur la responsabilité envers les aînés.
Pour inscrire cette réflexion dans la durée, Chris Niamke va plus loin et propose une idée forte : intégrer les visites en EHPAD dans les parcours scolaires, afin de recréer, dès le plus jeune âge, un lien vivant entre les générations. Une manière, selon lui, de réapprendre l’essentiel : la dignité humaine ne s’use pas avec l’âge.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













