Volontaires agricoles au bord de la désillusion : entre dévouement et désarroi

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Volontaires agricoles au bord de la désillusion : entre dévouement et désarroi

Ils étaient mille, jeunes et enthousiastes, à répondre à l’appel de la Nation pour redonner souffle au secteur agricole. Ces volontaires, symboles d’un renouveau espéré, expriment aujourd’hui un profond désarroi. Pas d’indemnités, manque d’équipements, absence de suivi : leurs conditions de travail sont jugées précaires, au point de compromettre leur engagement initial.

« Nous avons accepté de servir avec patriotisme, mais comment travailler la terre sans outils, ni appui matériel ? », s’interroge un volontaire basé à Kaolack.

Le Programme des Volontaires de l’Agriculture (PVA), lancé pour soutenir la souveraineté alimentaire, devait offrir une première expérience professionnelle à des milliers de jeunes. Mais la réalité du terrain contraste avec les ambitions affichées : les motopompes, semences et équipements promis tardent à arriver, et les indemnités de terrain n’ont toujours pas été versées.

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Le sociologue Dr Abdoulaye Diagne rappelle que « le patriotisme économique ne se nourrit pas de discours mais de justice sociale et de conditions de vie dignes » (Diagne, A., Jeunesse et emploi au Sénégal, L’Harmattan, 2021, p. 142*). Selon lui, ces défaillances risquent de transformer un projet d’espoir en source de désillusion collective.

La dignité du travail : un principe coranique et moral

Le Saint Coran met en exergue la noblesse de l’effort humain :

« Et dis : Œuvrez, car Allah verra vos œuvres, ainsi que Son messager et les croyants » (Sourate 9, verset 105).

Le travail, dans la perspective islamique, n’est pas une simple activité économique, mais une adoration (‘ibâda) lorsqu’il vise le bien collectif. Le Prophète Muhammad (ﷺ) a d’ailleurs déclaré :

« Personne ne mange une nourriture meilleure que celle gagnée par le travail de ses mains » (Sahih al-Bukhari, Hadith n°2072).

Ces volontaires, en œuvrant pour nourrir la Nation, incarnent cette vision spirituelle du travail utile. Mais l’islam condamne aussi toute forme d’exploitation ou d’injustice. Ibn Taymiyya écrivait :

« Le bien-être d’une société repose sur la justice. Quand elle disparaît, même les meilleures intentions échouent » (Majmû‘ al-Fatâwâ, vol. 28, p. 146*).

Un engagement que les marabouts sénégalais ont toujours valorisé

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Cheikh Ahmadou Bamba, dans ses Khassaïdes, valorisait le travail manuel comme une voie vers Dieu :

« Travaille et ne mendie point ; car celui qui se nourrit de son propre effort trouve en cela une noblesse auprès du Seigneur »
(Cheikh Ahmadou Bamba, Massalik al-Jinan, chapitre 3, verset 18).

De son côté, El Hadji Malick Sy exhortait les jeunes à unir foi et effort :

« Le travail, s’il est accompli avec sincérité, devient un acte de foi et un moyen de bâtir la communauté »
(El Hadji Malick Sy, Khilaç az-Zahab, p. 77).

Ces enseignements résonnent fortement face à la situation actuelle des volontaires, dont l’élan spirituel et patriotique se heurte au manque de moyens concrets.

Pour une réhabilitation du service agricole volontaire

Au-delà des promesses, il est urgent de repenser le modèle de volontariat agricole pour le rendre durable et humain. Le politologue Tariq Ramadan souligne :

« L’engagement citoyen n’a de sens que s’il est soutenu par une reconnaissance morale et matérielle »
(Tariq Ramadan, Être occidental et musulman, Presses du Châtelet, 2006, p. 219).

Ces jeunes, véritables ambassadeurs du développement rural, ne demandent ni privilèges ni faveurs, mais la simple reconnaissance de leur contribution à la souveraineté alimentaire du Sénégal.

Comme l’enseignait Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh :

« Servir son pays est une forme de prière, mais il faut que ceux qui commandent veillent à la justice et à l’équité »
(Discours à Tivaouane, 1985).

Conclusion

Ces 1000 volontaires, porteurs d’espoir et de courage, rappellent à la Nation que l’agriculture ne se bâtit pas sur des discours, mais sur la justice, la dignité et la reconnaissance du travail bien fait.
À travers leur cri du cœur, ils nous invitent à renouer avec la sagesse coranique et l’héritage des maîtres spirituels : faire du labeur un acte de foi, et du service à la communauté, une voie de salut.

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Imam chroniqueur
Babacar Diop

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