Zéro : naissance et révolution d’un concept mathématique
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Par Imam chroniqueur Babacar Diop
Longtemps absent, souvent redouté, parfois incompris, le zéro est pourtant l’un des piliers des mathématiques modernes. D’apparence insignifiante, ce simple cercle vide est en réalité l’une des inventions les plus puissantes de l’histoire intellectuelle humaine. Mais d’où vient-il ? Et comment a-t-il révolutionné notre rapport aux nombres, à la science, et même à la pensée ?
Un chiffre né dans l’ombre
Le mot zéro vient de l’arabe ṣifr, qui signifie « vide », lui-même dérivé du sanskrit śūnya. Ce concept naît dans l’Inde ancienne au Ve siècle, avec le mathématicien Aryabhata, puis est formalisé par Brahmagupta au VIIe siècle, qui en établit les règles opératoires.
Il sera repris par les savants musulmans, notamment Al-Khwarizmi, père de l’algèbre, dans son ouvrage Al-Kitab al-Mukhtasar fi Hisab al-Jabr wal-Muqabala (IXe siècle), et introduit en Europe au XIIe siècle via les traductions arabes.
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« Le zéro est la gloire de l’Inde, un bijou que l’Orient a légué à l’humanité. »
— Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres, 1994, p. 416.
Dans le Coran, l’idée d’origine à partir du néant est évoquée puissamment :
« Il est Celui qui a créé les cieux et la terre à partir du néant. »
(Sourate Al-An‘am, 6:101)
Une idée révolutionnaire
Pourquoi le zéro a-t-il tant dérangé ? Parce qu’il bouleverse nos représentations mentales : il n’exprime pas « quelque chose », mais l’absence de chose. Dans de nombreuses cultures, le vide était perçu comme une menace, voire comme un blasphème.
« C’est dans le vide qu’est la puissance, car le vide est la matrice du mouvement. »
— Lao Tseu, Tao Te King, chap. 11.
Le Prophète Muhammad ﷺ a dit :
« Allah était et rien d’autre n’était avec Lui. »
(Hadith authentique rapporté par Al-Bukhari, Sahih, Kitab al-Tawhid, hadith 7418)
Cette parole prophétique pose théologiquement la possibilité du néant créateur, ce que les mathématiciens traduiront plus tard par la puissance du zéro.
Ibn al-Jawzi (†1201) écrit dans Sayd al-Khatir (Dar Ibn al-Jawzi, 2011, p. 128) :
« Le néant apparent peut être la porte du sens caché. Le silence du chiffre zéro est parfois plus éloquent que les grandes quantités. »
Une révolution scientifique silencieuse
Le système décimal positionnel, sans lequel les mathématiques modernes sont impossibles, repose entièrement sur le zéro. L’informatique fonctionne sur le binaire (0 et 1), la physique quantique évoque le « point zéro » de l’énergie, la thermodynamique parle de zéro absolu.
« Sans zéro, pas d’algèbre. Et sans algèbre, pas d’ingénierie moderne. »
— Charles Seife, Zero: The Biography of a Dangerous Idea, 2000, p. 15.
Dans Madarij al-Salikin, Ibn al-Qayyim (†1350) observe :
« Il existe dans le silence, dans le vide, des secrets que seuls les cœurs éclairés par la foi et la raison peuvent comprendre. »
(Madarij as-Salikin, éd. Dar al-Kutub al-‘Ilmiyya, vol. 1, p. 121)
Une valeur philosophique et soufie
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Dans la tradition soufie comme dans la pensée africaine ancestrale, le vide est fécond, générateur, et non chaotique. Il est lieu de réception, de gestation, d’apparition du sens.
Le marabout Cheikh El Hadji Malick Sy disait dans son Khilaçu Zahab :
« Celui qui vide son cœur de l’égoïsme verra en lui se déployer la lumière de la science. »
(Khilaçu Zahab, vers 219)
Cheikh Anta Diop note dans Antériorité des civilisations nègres :
« L’esprit africain, fondé sur la circularité et la complémentarité, concevait très tôt que le vide ne soit pas l’absence, mais la source. »
(Présence Africaine, 1967, p. 234)
Ibn Taymiyya (†1328) écrit :
« Ce que vous appelez vide est parfois rempli d’un savoir qu’Allah voile à ceux qui se précipitent. »
(Majmu‘ al-Fatawa, vol. 9, p. 265)
Un enseignement pour nos élèves
Le zéro dans une copie est souvent craint, mais mal compris. Il ne signifie pas la fin, mais un point de départ. Il incarne la possibilité de recommencer, de repartir à neuf.
« Le véritable échec n’est pas de tomber, mais de refuser de se relever. »
— Souleymane Bachir Diagne, Comment philosopher en islam, Philippe Rey, 2013, p. 92.
La pédagogie islamique recommande la bienveillance et la relance après l’erreur. Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui se repent d’une erreur, c’est comme s’il ne l’avait jamais commise. »
(Hadith authentique rapporté par Ibn Majah)
Ainsi, enseigner l’histoire du zéro à nos élèves, c’est les réconcilier avec la rigueur et la miséricorde du savoir, entre humilité et redécouverte de leur potentiel.
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Conclusion :
Le zéro n’est pas un vide inutile. Il est le socle silencieux du calcul, du code, de l’univers. Il enseigne l’humilité, l’origine, et le retour. Il nous rappelle que même le rien, dans la main du Savant Suprême, peut devenir tout.
Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













