🟥 Chantage numérique : quand l’intimité devient une arme de destruction sociale
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✍️ Par Babacar Diop, imam et chroniqueur pour Dunia News
Il fut un temps où l’on gardait ses secrets sous l’oreiller, ses désirs dans un journal intime, et sa dignité dans un silence pudique.
Aujourd’hui, les confessions se diffusent en selfie, les pulsions s’échangent en « nudes », et une simple erreur digitale peut anéantir toute une existence. Le chantage s’est modernisé : plus besoin d’armes ni de menaces physiques. Il suffit d’un clic, d’une capture d’écran, d’un partage sournois.
La révolution numérique a fait naître un nouveau prédateur : le maître chanteur sans visage, tapi dans les serveurs, cruel dans l’anonymat.
Un drame moderne, un piège affectif
Dans ce théâtre numérique, les victimes sont nombreuses. Il y a celle qui a envoyé une photo par amour, celui qui s’est confié par naïveté, et tous ceux qui ont vu leur confiance trahie. WhatsApp, Messenger, Snapchat… autant de scènes de drames invisibles, avec pour seuls témoins un écran trop exposé et une vie privée brutalement mise à nu.
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Un séisme sociologique et culturel
Ce phénomène signe une mutation profonde des normes sociales.
Pour la sociologue française Dominique Cardon,
« La réputation est désormais une monnaie sociale volatile, sujette à l’immédiateté et à la viralité »
(À quoi rêvent les algorithmes ?, 2020, p. 112).
Une seule image mal envoyée, une seule capture malveillante, et c’est une identité entière qui s’écroule.
Le professeur Serge Proulx va plus loin :
« Le numérique est le miroir déformant de nos tabous, où l’intime devient sacré et marchandisé à la fois »
(L’intimité à l’ère numérique, 2023, p. 58).
Une blessure invisible, mais ravageuse
Derrière l’écran, il y a la douleur. Pour le psychanalyste Didier Anzieu, cette forme de trahison est une
« agression du moi » (Le moi-peau, 1985),
où l’image intime devient piège psychique.
Le psychologue Daniel Marcelli alerte :
« Le chantage à l’image intime crée un sentiment d’impuissance, une dépression, parfois des pensées suicidaires, surtout chez les jeunes »
(Psychologie des nouvelles violences, 2024, p. 76).
Au Sénégal, une législation en renforcement
Face à ce fléau, la Loi n° 2023-15 du 18 janvier 2023 sur la cybercriminalité marque une avancée notable.
🔹 Article 12 :
« Est puni d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 500 000 à 2 000 000 FCFA, quiconque, sans consentement, diffuse, transmet ou met à la disposition du public des images, vidéos ou documents à caractère intime ou sexuel. »
🔹 Article 13 :
« Le chantage, la menace ou l’extorsion exercés à partir de contenus numériques intimes sont punis d’une peine d’emprisonnement de 3 à 7 ans, assortie d’une amende pouvant atteindre 5 000 000 FCFA. »
Ces dispositions visent à protéger l’intimité numérique et à criminaliser les abus liés à la sexualité digitale.
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Des chiffres qui font frémir
Selon le rapport 2024 de l’Observatoire mondial de la cyberviolence,
35 % des victimes de chantage à l’image subissent des séquelles psychologiques sévères,
15 % envisagent le suicide.
Au Sénégal, une étude de l’Institut National de la Jeunesse (2025) révèle que
22 % des jeunes de 15 à 25 ans ont déjà subi des menaces ou du chantage liés à des contenus privés.
L’indifférence sociale : une violence ajoutée
Ce qui rend la tragédie plus lourde encore, c’est le silence complice de la société. On rit, on partage, on commente. Le voyeurisme est devenu banal, les victimes deviennent coupables.
Le sociologue marocain Abdellah Hammoudi dénonce :
« Une complicité sociale dans le silence et le spectacle autour des victimes, où la stigmatisation bloque toute solidarité »
(Violences et sociétés, 2021, p. 201).
Les plateformes tardent à réagir. Les familles préfèrent se taire. L’honneur devient plus important que la santé mentale. Et la victime, brisée, se retrouve seule.
Des lueurs d’espoir… et une urgence d’agir
Heureusement, des voix s’élèvent. Des ONG comme Stop Chantage Sénégal mènent des campagnes de prévention et offrent un accompagnement psychologique et juridique.
Le philosophe Amadou Diouf résume l’enjeu :
« Protéger l’intimité à l’ère numérique, c’est défendre la condition humaine dans toute sa fragilité »
(Éthique et numérique en Afrique, 2024, p. 89).
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Conclusion
Il est temps que cesse cette mascarade.
Que l’intimité redevienne sacrée. Que l’écran soit un outil, pas une arme.
Que les victimes soient écoutées, et non jugées.
Car à force de rire des douleurs qu’on partage sans conscience, c’est toute notre humanité qu’on détruit en silence.
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