Amnesty International alerte sur la détérioration des droits humains en Afrique de l’Ouest en 2024
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Amnesty International a dévoilé à Dakar son rapport annuel 2024 sur la situation des droits humains en Afrique de l’Ouest. Lors d’une conférence de presse tenue à L’Harmattan Sénégal, l’organisation a mis en évidence une série d’atteintes graves aux libertés fondamentales, à la justice sociale et aux conditions de vie dans la région. Marceau Sivieude, directeur régional par intérim pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, accompagné de Seydi Gassama, directeur de la section sénégalaise, a dressé un bilan particulièrement préoccupant, notamment au Sénégal.
Une région en crise multidimensionnelle
Quatre enjeux majeurs ressortent du rapport. D’abord, la persistance des violences armées dans le Sahel, autour du lac Tchad et dans les régions anglophones du Cameroun, où les populations civiles sont prises en étau entre groupes armés tels que Boko Haram ou le JNIM, et certaines forces de sécurité nationales accusées elles aussi d’exactions. Ces violences se traduisent par des crimes de guerre largement impunis.
Par ailleurs, la crise humanitaire s’aggrave. Plus de 57 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire en raison des conflits, du changement climatique et de la baisse significative des aides internationales, notamment après la réduction des financements de l’USAID.
Des droits fondamentaux toujours bafoués
Malgré certaines avancées législatives, les violences basées sur le genre restent omniprésentes. L’interdiction récente du mariage des enfants en Sierra Leone ne suffit pas à enrayer les mutilations génitales féminines ou les mariages forcés, qui perdurent sans que des dispositifs d’assistance adaptés ne soient mis en place pour les victimes.
Le rapport d’Amnesty souligne également un recul des libertés civiques dans plusieurs pays dirigés par des régimes militaires ou autoritaires. En Guinée et au Burkina Faso, par exemple, les manifestations sont souvent violemment réprimées et les voix dissidentes réduites au silence.
Le Sénégal sous le feu des critiques
Le rapport consacre une part importante à la situation au Sénégal, en revenant sur les violations des droits humains observées sous la présidence de Macky Sall, tout en pointant les défis qui subsistent sous la nouvelle administration. Les manifestations de février 2024 contre le report des élections ont provoqué la mort de quatre personnes et l’arrestation de 150 manifestants. Plusieurs cas de torture, impliquant notamment des journalistes comme Mor Amar et Absa Anne, ont été documentés.
L’adoption en mars 2024 d’une loi d’amnistie a empêché toute poursuite judiciaire liée à ces événements, ce qui suscite une vive inquiétude sur l’impunité persistante. Bien que les arrestations pour de simples interactions sur les réseaux sociaux aient cessé, la liberté d’expression reste menacée. Des journalistes, comme Amir Sidiane Camara, ont été incarcérés pour des propos critiques.
Conditions carcérales et justice en question
Amnesty dénonce également la situation alarmante dans les établissements pénitentiaires sénégalais, notamment à la prison de Rebeuss, marquée par la surpopulation et la propagation d’épidémies telles que la tuberculose. Malgré des projets de construction de nouvelles structures, les conditions sanitaires restent précaires.
L’organisation plaide pour un renforcement de l’accompagnement juridique des médias et une réforme profonde du système judiciaire. Seydi Gassama a insisté sur la nécessité de respecter la présomption d’innocence et de réduire les inégalités d’accès à la justice, particulièrement pour les personnes en détention provisoire.
Un appel à l’action pour les États de la région
Face à ces constats, Amnesty International exhorte les gouvernements d’Afrique de l’Ouest à tenir leurs engagements en matière de droits humains. L’accent est mis sur la protection des femmes, la fin de l’exploitation des enfants talibés, et la mise en place d’une justice équitable pour tous.
Les représentants de l’organisation ont salué la résilience de la société civile et ont appelé les autorités à transformer les promesses en actions concrètes. Le rapport complet, attendu dans les prochains jours, promet d’approfondir cette analyse régionale pour la période 2024-2025.
Imam chroniqueur Babacar Diop













