Boualem Sansal brise le silence : le Sahara oriental et la liberté de parole
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Treize jours après sa libération des geôles algériennes, où il avait été détenu pendant un an, le romancier et essayiste franco-algérien Boualem Sansal retrouve la France et multiplie les interviews. Muselé pendant longtemps, il commence désormais à parler sans réserve, comme le montre un entretien publié dans Le Monde.
Interrogé sur la contrainte de sa parole, Sansal répond par un « oui » catégorique, révélant la difficulté de maintenir un langage politiquement correct alors que sa liberté d’expression lui a valu autant la célébrité que l’emprisonnement.
La peur pour sa famille, notamment pour son épouse, et les enjeux diplomatiques liés aux tensions franco-algériennes ont longtemps pesé sur lui. Mais lassé des mises en garde répétées, il choisit désormais de s’exprimer librement, avant même le terme qu’il avait annoncé lors d’une interview sur France Inter.
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Il revient sur sa détention, son état moral, et aborde sans détour des sujets sensibles. Il confirme que son premier avocat, le Français François Zimeray, n’a pas obtenu de visa pour l’Algérie, preuve, selon lui, d’un antisémitisme institutionnel : « Ce n’est pas une rumeur, c’est la réalité. »
Sur la question du Sahara oriental, Sansal maintient ses positions : cette région, rattachée par l’administration coloniale française à l’Algérie, était historiquement marocaine. « En 1848, quand la France a intégré l’Algérie comme département, c’est l’armée française qui a tracé les frontières. Si c’est blanc, je dis que c’est blanc », souligne-t-il.
Concernant la grâce présidentielle dont il a bénéficié, il regrette de ne pas avoir été jugé : « Être gracié, cela veut dire que je suis officiellement coupable », explique-t-il, ajoutant qu’il aurait maintenu ses propos historiques sur le Sahara oriental quoi qu’il arrive.
Sansal critique également la « rente mémorielle » exploitée par le régime algérien pour asseoir sa légitimité, appelant à une réconciliation sincère et rapide, sur le modèle franco-allemand : « Il faut reconnaître les crimes des deux côtés et se tourner vers l’avenir. »
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Face à ceux qui l’incitent à la prudence, il répond avec détermination : « Je réfléchis, puis je parle. Et souvent je parle trop vite. Ce n’est pas à mon âge que j’apprendrai à tourner sept fois la langue dans ma bouche avant de dire un mot. » Sa parole libre, affirme-t-il, se veut un contrepoids à des décennies de propagande et de manipulation historique en Algérie.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













